Encore des mort·es aux portes de l’Europe. Les 30 et 31 juillet derniers, plusieurs dizaines de personnes – 75 selon les autorités locales, près de 130, auxquelles s’ajoutent des dizaines de disparu·es, selon l’Association marocaine des droits humains – , souvent très jeunes, ont perdu la vie en tentant de gagner l’enclave espagnole de Ceuta, sur le continent africain.
Ce drame est l’un des «événements les plus meurtriers sur la frontière espagnole», souligne le quotidien El País. Il est loin d’être isolé. Entre 1993 et 2026, 76’000 personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’Union européenne (UE), selon Migreurop, un réseau d’associations de défense des exilé·es. Cela représente 44 femmes, hommes et enfants par jour.
Cette hécatombe ne doit rien à la fatalité. Elle est le fruit des politiques mises sur pied, dès la fin des années 1990, par une «Europe en guerre contre les migrations»1>Plein Droit, numéro 149: L’Europe en guerre contre les migrations : une histoire qui dure. Un tournant marqué par l’externalisation, à coup de milliards d’euros, de la gestion des frontières de l’UE à des Etats comme le Maroc, la Turquie, la Tunisie ou la Libye; à laquelle s’ajoute une brutalisation croissante des exilé·es – en juin 2022, les garde-côtes marocains et espagnols avaient ainsi tué 27 migrant·es aux portes de Melilla, l’autre enclave ibérique au Maroc.
Cette politique ultra-répressive a connu un nouveau tour de vis en juin dernier, avec l’entrée en vigueur du Pacte européen sur l’asile et la migration. Au menu: l’externalisation de l’examen des demandes d’asile et la généralisation de la détention des exilé·es, enfants compris, dans des «zones d’attentes». S’y ajoutera la création de «hubs de retour» dans des pays tiers, votée au printemps par le parlement européen.
Ces mesures, dénoncées par les organisations de défense des droits humains, restent insuffisantes aux yeux de l’extrême droite européenne. Suivies par de larges secteurs de la droite traditionnelle, ces formations xénophobes instrumentalisent les mort·es de Ceuta pour réclamer une «protection» renforcée des frontières, voire entonner leur ode sinistre à la «remigration». Un opportunisme éhonté auquel l’UDC – suivi par les Jeunes libéraux-radicaux – n’a pas manqué de se joindre en Suisse.
Face à cette déferlante raciste, rappelons que les principales causes des migrations forcées – des inégalités abyssales, la multiplication des conflits armés et le dérèglement climatique – sont induites par une globalisation capitaliste modelée au service des élites occidentales, les mêmes qui hurlent à la «menace étrangère.» Pour éviter que, chaque année, des milliers de victimes de ce système de spoliation continuent à mourir aux portes du Vieux Continent, un virage à 180 degrés s’impose en matière de politique migratoire. Il est temps de démanteler la forteresse Europe.
Notes