Dédiabolisation ou dissimulation. Depuis lundi, le Rassemblement national (RN), la formation d’extrême droite française qui vise la présidence, est dans la tourmente. Mediapart a en effet révélé le tropisme profondément antisémite de son président Jordan Bardella. Une enquête qui met en évidence des écrits datant de 2013 charriant de nombreux poncifs anti-juifs. En clair: le RN, héritier du Front national, n’a pas changé.
L’intéressé nie, parle de «barbouzerie» et promet une plainte. Il a le soutien de son parti. Marine Le Pen utilise le terme de «dinguerie». Or le média indépendant est spécialisé dans l’enquête – affaire Bétharram, affaire Cahuzac ou financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy –, ses révélations sont soigneusement documentées, ce qui leur donne une crédibilité certaine. Mercredi, Mediapart, qui procède souvent par strates dans ses enquêtes, a enfoncé le clou. Le site d’investigation a fait authentifier les messages de Jordan Bardella via Meta, la maison-mère de Facebook.
Cela bouleverse profondément la campagne électorale française en vue de la présidentielle de 2027. Les sondages qui donnent Marine Le Pen en tête vont s’en trouver chamboulés. Au-delà du Rassemblement national, c’est le bloc dit central qui se trouve ébranlé. Une lumière crue est jetée sur le rapprochement opéré et voulu par les formations de droite avec l’extrême droite. Le tout alimenté par une presse Bolloré à la botte des idéologies antidémocratiques. Et sous les applaudissements du patronat français qui voyait en Jordan Bardella un premier ministre fréquentable.
Sans oublier sa participation – qui valait adoubement – à la marche contre l’antisémitisme organisée par le Sénat et l’Assemblée nationale après les attaques du 7 octobre 2023.
Un blanc-seing suivi d’une visite en Israël pour participer à une conférence contre l’antisémitisme. De fait, le ministre à l’origine de l’invitation du président du Rassemblement national a pris sa défense. Avec des attaques de sa part contre Mediapart.
C’est donc tout un narratif qui s’effondre. Celui d’une extrême droite soudain normalisée. Etonnant? Pas tellement. Le côté cosmétique du replâtrage du Front national sous une nouvelle appellation étant régulièrement mis à mal par la présence d’élu·es franchement fascistes, négationnistes et antisémites.
La vraie nature du RN? On n’en avait jamais vraiment douté.