«Aux armes!», scandaient il y a peu des millions de supporteur·ices français·es de tous bords, chantant la Marseillaise devant leurs téléviseurs, les yeux rivés sur la Coupe du monde de football. Oui, mais pas si c’est pour revendiquer tes droits, que tes armes sont des pancartes en carton et que tu es jeune, racisé·e, précaire, originaire de banlieue ou issu·e de l’immigration, s’est empressé de nuancer le gouvernement d’Emmanuel Macron en réponse au mouvement des lycéens et lycéennes né en périphérie parisienne et qui prend de l’ampleur depuis la mi-septembre un peu partout dans l’Hexagone.
Les revendications sont pourtant des plus simples: un accès à l’éducation dans des infrastructures salubres et davantage de moyens pour un corps professoral et un personnel d’accompagnement en sous-effectif chronique. Avec à la clé un système qui ne tuerait pas dans l’œuf l’égalité des chances pour les plus vulnérables.
Mais alors que des images désolantes de salles de classe infiltrées d’eau et de faux-plafonds effondrés font le tour des réseaux sociaux, appuyées par des statistiques nationales alarmantes sur le démantèlement du service public, le débat médiatique se transforme en chasse au faux pas. L’observatoire des médias Acrimed a étudié les journaux télévisés de la chaîne publique France 2 la semaine dernière. Onze sujets étaient consacrés aux mobilisations lycéennes, pour une durée de près de 25 minutes. Desquelles à peine 2 minutes dédiées aux demandes des étudiant·es. Contre plus de 19 minutes aux «violences». Comprendre les «incendies», «feux de poubelle» ou «affrontements» avec la police, mais pas les 40 degrés en été et les 8 degrés en hiver dans certains établissements scolaires.
Certes, l’expression d’un certain mépris pour la jeunesse n’est ni nouvelle, ni cantonnée à un pays. Et le réflexe d’envoyer la police en lieu et place d’un nécessaire dialogue social et s’étonner ensuite d’une montée des tensions non plus. Mais à l’aube de bouleversements sociétaux inévitables imposés par une crise climatique qui déploie déjà ses effets, il s’agirait de faire mieux. Il n’est plus acceptable – si tant est que cela l’ait été un jour – de refuser d’écouter les appels de celles et ceux qui devront vivre dans le monde qu’on voudra bien leur laisser.