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Canicule et feu au lac?

Dans la commune de Gland, sur 4 kilomètres de rivages, seulement 90 mètres sont dédiés aux plages publiques pour une population de plus de 14’000 habitant·es. JPDS IMAGE D'ILLUSTRATION
Lac Léman

«Pas d’étés à 50 degrés! Suffoquer n’est pas une fatalité». L’appel lancé il y a quelques jours par SolidaritéS & Ensemble à gauche demande aux autorités des mesures rapides visant à protéger la population, face à la canicule.

Ouvrir dès aujourd’hui un large accès aux espaces verts et aux rives du lac est devenu une priorité de santé publique, mais encore de sécurité: prévenir les dérapages liés à de trop fortes affluences, au dépassement de capacités d’accueil, aux risques encourus dans des zones peu ou pas adaptées à la baignade, à la multiplication des accidents et des opérations de sauvetage. L’accès aux rives et aux sentiers riverains devrait en principe être garanti par une désormais centenaire, de 1926. Des plans directeurs cantonaux et fédéraux, plutôt progressistes, vont dans le même sens. Mais par une étrange particularité suisse romande, ce sont les communes qui gardent une main décisionnaire. Certaines municipalités ont fait des efforts ces dernières années pour contrer la privatisation rampante des rives du Léman. D’autres, au contraire, comme aux alentours de Genève, de Pregny-Chambésy, ou entre Nyon et Rolle, ont accepté sans broncher que de vastes domaines avec parcs de verdure et longues plages de galets servent de refuge naturel à de drôles d’oiseaux: fonctionnaires internationaux, ou multimilliardaires séjournant dans leurs somptueuses résidences quelques semaines par an. La palme des privatisations revient sans doute à la commune de Gland: sur 4 kilomètres de rivages, seulement 90 mètres d’étroites plages publiques pour une population dépassant les 14’000 habitant·es.

Un vrai «miroir des inégalités», avec des contrastes saisissants que l’on peut aussi documenter depuis les eaux, sur un canoë, ou en surfant sur des images satellite – comme le propose notre nouvelle série d’été, sous forme d’enquêtes participatives. Car la privatisation des rives du lac n’est pas une fatalité. Les zones d’interdiction ne sont pas figées, ni les obstacles, insurmontables. Des lois existent, il s’agit de les faire respecter. Des initiatives parlementaires plaident pour une plus grande ouverture. Des associations tentent de faire renaître des entiers, mètre par mètre. Sur des terrains enfin «libérés», des projets inspirants voient le jour. Il arrive même que des multimilliardaires devenus enfin philanthropes lèguent leur domaine à la commune, ou le mettent en vente, avec possibilité de rachat public. Ou, plus simplement, que des usagers·ères réussissent à s’opposer face à des maires qui ont soudain rendu l’accès aux plages communales payantes, sous divers prétextes. Comme à Bellevue, pour celle de Port-Gitana, ces derniers jours.

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