55% des votants ont rejeté l’initiative sur la Suisse à dix millions. Une majorité de cantons a dit non. Ce n’est pas une défaite honorable – c’est un échec clair, sur un terrain que le parti avait lui-même choisi, avec les moyens qu’il avait lui-même fixés.
Certains veulent nous convaincre que l’UDC avait tout calculé, qu’une défaite à 45% était presque aussi bien qu’une victoire. Permettez-moi d’en douter. Le parti regardait avec nostalgie 2014, quand l’initiative contre l’immigration de masse était passée à 50,3% dans un contexte autrement plus tendu. Cette fois, malgré des mois de campagne intense, malgré toute la machinerie partisane, malgré un sujet censé être porteur, le résultat est inférieur. C’est un plateau, au mieux – un recul, au pire.
Et le peuple suisse a vu clair dans la mécanique. Un chiffre rond, arbitraire, sans mécanisme crédible: ce n’est pas de la stratégie, c’est du populisme à l’emporte-pièce. Les citoyens ont su faire la part des choses, et c’est rassurant.
Ce que certains appellent «dicter l’agenda», c’est en réalité saturer le débat public d’angoisses démographiques pour masquer l’absence de programme constructif. Les Bilatérales III seront un terrain autrement plus exigeant: là, les enjeux économiques concrets rendront le simplisme beaucoup moins vendable.
La Suisse, elle, change. Elle vieillit, s’urbanise, s’internationalise. Les nouvelles générations sont moins perméables aux peurs agitées comme des épouvantails. Le réservoir de l’UDC est atteint depuis longtemps – chaque nouvelle initiative sur ce registre produit des rendements décroissants.
Gageons que le 14 juin 2026 restera comme le moment où la vague populiste a commencé, doucement mais sûrement, à refluer.
Michel Roche,
secrétaire général du PVL, Genève