Le 14 juin 2026, Genève a voté pour interdire les signes religieux au sein de son Grand Conseil ainsi que dans d’autres instances politiques cantonales genevoises. Une mesure vendue comme «neutre», «républicaine», «apaisante»… Bref, un emballage zen pour une idée qui gratte plus qu’un pull en laine vierge. Pendant que les autorités genevoises s’acharnent à mesurer la taille d’un voile ou la discrétion d’une croix, la Constitution fédérale, elle, rappelle dans son article 15 que chacun·e a le droit de croire, de ne pas croire, et surtout de manifester sa croyance. Oui, manifester. Pas la planquer sous les tables de son Grand Conseil, comme si l’on devait cacher un symbole identitaire avec la même discrétion qu’une personne très consciencieuse dissimulant une partie intime par respect de ses convictions.
Les signes religieux sont multiples – croix, kippa, voile, turban, habits monastiques, bijoux symboliques ou marques rituelles – et leur diversité montre qu’aucune interdiction générale ne peut être appliquée de manière cohérente sans porter atteinte à la liberté de conscience, de croyance et la possibilité de manifester sa religion garantie par la Constitution fédérale (art. 15 et 49 Cst.).
Et c’est là que Genève atteint son sommet artistique. La ville qui abrite l’ONU, le HCR, le CICR, le Conseil des droits de l’homme, bref, la métropole mondiale des libertés fondamentales, s’apprête à restreindre… les libertés fondamentales. On dirait un sketch, mais non: c’est un canton qui se regarde dans le miroir et se dit «tiens, si on interdisait ce qu’on prêche au monde entier». C’est un peu comme si un cardiologue fumait trois paquets par jour tout en donnant des conférences sur la prévention.
Parce qu’au fond, rien n’a changé: A Genève, le calviniste ne disparaît jamais. Il se reproduit par voie réglementaire. Ou comme si Calvin revenait en disant: «Je ne brûle plus personne… mais je peux encore réglementer vos accessoires religieux.»
Marc-Olivier Peter, Zoug