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La Colombie est tombée

KEYSTONE
Extrême droite

A moins d’une surprise lors du recomptage des votes, l’extrême droite s’est emparée de la Colombie. Abelardo de la Espriella recueille 49,70% des voix, contre 48,70% pour le candidat de gauche. Un cheveu d’écart à confirmer: au Pérou, plus de deux semaines après le scrutin, le nom du ou de la gagnant·e n’est toujours pas connu.

Après l’Argentine, l’Equateur, et le Chili, un peu plus de la moitié des Colombien·nes porteraient à la tête du pays un démagogue autoritaire, violent, ultralibéral, antisocial et raciste. Un avocat véreux sans aucune expérience politique, millionnaire et admirateur de Donald Trump, à qui il fait ouvertement allégeance.

Comment expliquer son succès alors que la gauche a gouverné la Colombie pour la première fois de son histoire ces quatre dernières années, non sans résultats significatifs? L’attrait pour ce néo-fascisme est réel dans une frange de la population: promesses illusoires de «rétablir l’ordre» d’une main de fer dans une société marquée par l’insécurité, affirmation du virilisme et de l’homophobie face à un sentiment de perte des valeurs traditionnelles et chrétiennes, haine attisée du «communisme» – mot fourre-tout antiprogressiste…  Fake news, mensonges et manipulations – démultipliés par des médias aux mains d’oligarques conservateurs  – viennent alimenter ces opinions réactionnaires.

Mais chaque pays a aussi ses particularités. En Colombie, l’omniprésence des groupes armés, tous désormais versés dans le narcotrafic, et les violences qui en découlent pèsent dans la balance. L’échec du «plan de paix intégral» du président de gauche, Gustavo Petro, a probablement été déterminant dans la défaite du camp progressiste. Le dirigeant n’a pas réussi son pari de conclure des accords avec ce qu’il reste des guérillas, mais aussi avec de nombreux groupes armés criminels. Mission impossible en réalité face aux intérêts gigantesques du trafic.

De son côté, le nouvel homme fort de Bogota, qui promet d’employer la manière forte face aux milices, s’est lui-même illustré en défendant des paramilitaires et trafiquants de drogue en tant qu’avocat. Il n’annonce rien d’autre qu’un retour de la prétendue politique de «guerre totale» contre les groupes armés menée par le gouvernement néoconservateur d’Álvaro Uribe (2002-2010), qui en réalité s’acoquinait avec les paramilitaires d’extrême droite – un fiasco intégral.

Si la victoire d’Abelardo la Espriella est confirmée, les militant·es de gauche et de défense de l’environnement ont du souci à se faire dans un pays où les seigneurs du grand négoce et leurs affidés assassinent impunément les opposant·es. Pas de quoi paralyser cependant celles et ceux qui, depuis des décennies en Colombie, font preuve d’une combativité et une résilience extraordinaires. Et qui auront besoin de notre soutien.