Un rejet net. Par 54,79% de non, contre 45,21% de oui, les Suissesses et les Suisses ont refusé ce dimanche l’initiative udéciste dite de la «Suisse à 10 millions». Une bonne nouvelle dans la mesure où ce texte était mensonger, manipulateur et xénophobe.
Mensonger, car il attribue à l’immigration une série de problèmes qui n’auraient en rien trouvé une résolution en cas d’acceptation de ce retour au contingentement des immigrations en Suisse. Le problème du chômage a des causes multiples comme l’inadéquation entre la demande et les offres d’emplois, une formation à améliorer et, surtout, à une protection insuffisante des travailleuses et des travailleurs. Et les efforts pour sortir le logement de la spirale spéculative sont systématiquement blackboulés.
Manipulateur, en ce qu’il prétendait défendre l’environnement alors que l’UDC est le fer de lance du retour du nucléaire et défend de manière monomaniaque la voiture, dévoreuse d’énergie, d’espace et de tranquillité.
Et xénophobe, car une nouvelle fois les immigré·es ont servi de boucs émissaires, les réquérant·es d’asile en tête. Ceci alors que ces derniers ne représentent que 1,6% de la population suisse.
Pour net qu’il soit, le résultat de ce week-end doit inquiéter. D’abord parce que l’UDC a ratissé 15 points au-delà de son étiage naturel qui en fait, certes, la première formation politique, avec près d’un tiers des sièges au Conseil national. Et ensuite, car le parti agrarien a réussi à satelliser sur ses thèmes fétiches le Parti libéral-radical et une partie des milieux économiques.
Au début de la campagne, la base du PLR désavouait d’ailleurs ses instances en soutenant l’initiative. Dans la dernière ligne droite, le danger ayant été perçu et des moyens substantiels engagés, la tendance a pu être inversée.
Les débats qui vont avoir lieu autour des Bilatérales III s’annoncent donc compliqués. D’autant plus que la majorité bourgeoise semble incapable d’entendre ces messages. La bascule du néolibéralisme vers une version autoritaire – dans son incarnation antidémocratique, aux Etats-Unis de Donald Trump, ou dans sa version à peine plus tendre d’Emmanuel Macron – creuse son sillon en Suisse aussi.
L’autoritarisme dont les magistrats genevois et suisses ont fait preuve ce week-end pour boucler le canton et museler les événements visant à contester le G7 en est l’illustration. La droite verra dans la casse la preuve que la matraque et les lacrymos se justifiaient; on peut aussi oser l’hypothèse inverse, voyant dans le déploiement des forces de l’ordre et la suspension de certains droits démocratiques une manière d’exacerber les tensions.
Ce week-end, un pas de plus a été fait en direction d’une version priorisant l’économie, où la liberté de commerce pèse plus lourd que les libertés démocratiques. Inquiétant.