C’est une énième attaque raciste tirée du creuset UDC, passée à la moulinette du PLR et adoubée par Le Centre et le MCG. Non contents d’avoir imposé leur vision de la laïcité aux fonctionnaires, les partis de droite genevois remettent le couvert en s’attaquant aux signes religieux portés dans les hémicycles. Au nom de la séparation entre Etat et religion, les élu·es – pour autant que le peuple avalise ce changement constitutionnel le 14 juin – ne seraient plus autorisé·es à arborer des signes ostentatoires dans les parlements. Sur le papier, cela signifie notamment plus de croix, plus de kippa, plus de voile.
Surtout plus de voile. Emanant d’un parlement qui a relancé une salve contre le burkini il y a quelques mois, difficile de croire que cette modification législative, qui ne règle aucun problème identifié, ne soit pas idéologique. Car la question ne s’est jamais posée au Grand Conseil. Elle s’est marginalement illustrée au niveau communal, pour des élues portant le foulard, sans que personne ne s’en affole – du moins jusqu’à ce que la droite ne mette l’ouvrage sur le métier. Masquer ses choix religieux ou renoncer à siéger, l’équation simpliste nie tout un pan de la diversité de culte que nos élu·es sont censé·es représenter. Et pas de chance si au passage elle égratigne une autre minorité: les femmes ne représentent que 40% des élu·es dans les Conseils municipaux – encore moins au Grand Conseil –, mais ce sont elles qui seraient le plus directement touchées par ce nouvel interdit.
La droite a beau prôner l’intégration, elle transpire le repli sur soi. S’inspirant du pire du débat politique français en la matière, elle croit combattre le communautarisme en nourrissant l’exclusion. En chassant la diversité de nos parlements, elle cultive un fossé imaginaire où la religion prend tout d’un coup des atours décisifs. Bien loin d’une idée de la laïcité qui devrait protéger la liberté de croyance sans en nier la diversité.
Voilà de quoi nourrir un paradoxe criant, que relevait déjà en 2017 le politologue Matteo Gianni, professeur à l’université de Genève, dans une publication de la Commission fédérale contre le racisme: «La politisation constante de l’islam et des musulmans en termes de menace à neutraliser (processus de sécurisation) aboutit à une dépolitisation des individus concernés.» Ecarter les minorités du champ démocratique, les invisibiliser dans les fonctions publiques, les priver de représentations politiques: la recette paraît peu nourrir le vivre ensemble, mais davantage attiser l’incompréhension mutuelle. Le 14 juin, ne nous trompons pas de combat.