En annonçant, vendredi, porter plainte pour viol contre Patrick Bruel, l’animatrice Flavie Flament a donné une ampleur inédite à l’affaire qui secoue le monde du show-business, depuis les révélations de Mediapart et du magazine Elle. Non seulement en raison de la popularité de l’animatrice, mais parce que les faits qu’elle dénonce se seraient déroulés alors qu’elle était mineure, âgée de 16 ans, en 1991, possiblement en ayant été droguée. Le délai de prescription de vingt ans pour les crimes sexuels sur mineur·es fait débat dans le cas présent, au regard du caractère sériel des faits reprochés à Patrick Bruel.
Car ce sont désormais cinq plaintes qui visent le chanteur et comédien, tandis qu’une trentaine de femmes le mettent en cause pour violences sexuelles et sexistes, en France mais aussi en Belgique et au Canada. Le faisceau d’accusations provoque son lot de réactions contrastées. Mais on notera que, dans les récits publiés, revient le fait que les comportements de Patrick Bruel étaient connus, des consignes circulant en coulisses pour s’en prémunir. Cette constante, déjà relevée au sujet de Dominique Strauss-Kahn, Gérard Depardieu ou Patrick Poivre d’Arvor, illustre la loi du silence qui entoure les figures de pouvoir. Des prédateurs pour qui la «séduction» supposée cache un besoin de soumettre, parfois par la sidération. Les victimes, elles, sont techniciennes, masseuses ou figurantes, toujours subalternes, jamais écoutées.
Et voilà que s’entrechoquent les priorités, entre respect de la présomption d’innocence, principe de précaution et prévention des risques professionnels, et devoir d’exemplarité dans une société post-#MeToo. Alors, comment trancher quand on a placé la star française au sommet de son affiche, comme c’est le cas du Pully Live Festival, le 25 juin prochain, et le lendemain à Fribourg au Bellarena Indoor Festival? La tournée anniversaire Alors Regarde 35 de Patrick Bruel doit aussi passer par l’Arena, à Genève, le 18 novembre. L’enjeu est considérable, particulièrement dans l’économie ultra concurrentielle des festivals. Or un #MeToo Jazz secoue actuellement la scène française, après qu’une tribune a mis en cause le pianiste Jacky Terrasson. Et le retard pris par l’industrie musicale, comparé au monde du cinéma, est pointé avec insistance.
Certain·es réclament une clause qui protégerait les organisateur·ices en cas de dépôt de plainte. Mais respecter la loi suffit-il pour programmer ou exclure des artistes? Offrir une tribune publique, à la fois symbolique et médiatique, implique un devoir accru de vigilance et de prévention, dans le contrat de confiance passé avec le public.