La tendance semble s’inverser. Un petit vent de panique avait soufflé il y a un mois lorsque la première vague de sondages donnait le camp du oui en tête dans le cadre de la campagne sur l’initiative udéciste sur la Suisse à 10 millions. Un texte soumis au peuple le 14 juin. Les nouveaux chiffres publiés mercredi voient une heureuse inversion des tendances: 52% de non selon les sondages respectifs de Tamedia et de la RTS.
Politiquement, on assiste aussi à certaines bascules. L’électorat du PLR qui, il y a un mois, désavouait ses instances et soutenait à 54% le texte de l’extrême droite, est désormais dans le camp du refus. Mais à 52% seulement! De quoi inquiéter. Malgré un investissement financier record dans la campagne, l’issue reste tout de même très incertaine.
Ce débat très ouvert s’explique en partie par une adhésion des partis de droite aux discours racistes inhérents à l’initiative de l’UDC. Rappelons que ce type de propositions n’a en fait rien de nouveau. On songe aux initiatives Schwarzenbach des années 1960 et 1970 ou, plus récemment, à l’initiative dite Ecopop «Halte à la surpopulation – Oui à la préservation durable des ressources naturelles», refusée par le peuple le 30 novembre 2014.
Au-delà de leur aspect malthusien –qui explique aussi que ce genre de textes parvienne à séduire une partie non négligeable de la base des partis écologistes –, ce type d’initiatives emporte l’adhésion pour des raisons économiques. Si une partie du monde du travail est réduite à un statut précaire – avec le statut du saisonnier, de triste mémoire, remplacé par celui du travailleur détaché –, cela a tout pour séduire un patronat disposant ainsi d’une main-d’œuvre vulnérable et donc docile.
Tactiquement, le texte de l’UDC fleure bon l’hypocrisie. Il prétend répondre à des vrais problèmes – transports publics bondés, hausses de loyers et pénurie de logement, crise climatique – en rejetant la faute sur la migration. Une illustration frappante de l’adage évoquant l’hôpital qui se fout de la charité. Car les mêmes tenants de cette politique raciste et stigmatisante sont ceux-là mêmes qui refusent les vraies réponses à ces problèmes. Soit les tentatives d’instaurer des salaires plancher, de défendre les droits sociaux ou syndicaux, de mener une politique sociale du logement, d’investir dans la mobilité durable, ou de lutter contre la crise climatique.
Il est donc vital de glisser un non résolu dans l’urne ce 14 juin. C’est bien l’entier du monde du travail qui est dans le collimateur. Que cela parvienne à convaincre la presque moitié des personnes se rendant aux urnes doit inquiéter. Et laisse préjuger d’un débat encore plus complexe quand il faudra se déterminer sur les Bilatérales III, dossier autrement plus complexe.