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ICE à la sauce européenne

KEYSTONE / IMAGE D'ILLUSTRATION
Politique migratoire

Un grand jour pour Fabrice Leggeri. Lundi soir, l’euro-député français d’extrême droite et ex-directeur de l’agence de garde-côtes Frontex – visé dans le cadre de cette ancienne fonction par une enquête pour complicité de crimes contre l’humanité –, savourait le dernier tour de vis du Vieux-Continent en matière de politique migratoire.

En début de semaine, les Etats, le Parlement et la Commission européenne se sont mis d’accord pour durcir encore le Pacte sur l’asile et la migration, qui sera appliqué dès le 12 juin. Le texte adopté lundi permettra aux Etats de développer des «plateformes de retour» situées hors de l’Union européenne (UE). Objectif: y expulser des exilé·es en situation irrégulière, même s’ils et elles ne sont pas issu·es des pays abritant ces «hubs».

En parallèle, Bruxelles renforcera les sanctions visant les exilé·es ne disposant pas de titre de séjour, mais refusant de quitter le territoire de l’UE. Ces personnes «non coopératives» pourront désormais être enfermées, enfants compris, dans des centres de détention. Et ce, pour une durée allant jusqu’à deux ans.

Ces durcissements marquent un recul historique en matière de droits humains. Le nouveau régime, qui devra être confirmé par le parlement européen, «étend la détention et les pouvoirs policiers coercitifs à la manière de l’ICE (le service des douanes et de l’immigration étasunien transformé par Donald Trump en garde prétorienne) et consacre la criminalisation systématique et la violation des droits fondamentaux des personnes migrantes», dénonce Estrela Galan, eurodéputée issue de la gauche radicale.1>Le Monde, 3 juin 2026. Il contribuera à rendre encore plus périlleux l’accès à la forteresse Europe pour des populations contraintes de fuir la guerre, la famine ou le changement climatique.

Ces nouvelles attaques contre les exilé·es sont le fruit d’une alliance entre les groupes politiques de droite et d’extrême droite à Bruxelles. Elles illustrent ainsi l’avancée de politiques réactionnaires et racistes au cœur de l’UE, avec la collaboration active des grands partis bourgeois – ce qui contredit le mythe d’une Europe formant un rempart face au régime néofasciste de Donald Trump.

Et la Suisse? Le Conseil fédéral a salué la mise sur pied de ces «hubs de retour», s’apprête à adapter sa base légale pour y intégrer cette nouvelle donne et pourrait même contribuer à sa mise en œuvre – en collaboration avec l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Grèce et les Pays-Bas2>NZZ, 3 juin 2026.. Histoire d’intensifier sa machine à expulser, une des plus efficaces d’Europe. Une manière de nous rappeler qu’en matière de répression des exilé·es, la Confédération entend bien rester à l’avant-garde.

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