On s’attendait au pire. On n’est pas déçu·e. La proposition d’un plan d’économies présenté ce jeudi par un groupe ad hoc mandaté à cette fin par le Conseil d’Etat porte sur quelque 533 millions de francs de réduction de dépenses (qui s’ajoute à un programme déjà initié par l’Exécutif d’un montant similaire). Soit un total de 1 milliard de francs (sur un budget pesant 11,3 milliards de francs). Auquel s’ajoutent encore 19 mesures dites complémentaires pour un total de 300 millions. Soit des coupes annoncées pesant 12% du char de l’Etat!
Ceci alors que les comptes 2025 du canton sont bénéficiaires. Oui, mais le vent va tourner, rétorquera le Conseil d’Etat. Qui est pris en défaut sur ses prévisions budgétaires depuis plusieurs années. Et qui a aussi et surtout imposé une nouvelle baisse d’impôts en 2024. Le syndrome du pompier pyromane.
L’inventaire des coupes proposées par ce groupe «d’expert·es» est lourd de conséquences antisociales: augmenter dans les EMS le nombre de chambres hébergeant deux résident·es – destinées à celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’assumer financièrement leur séjour –, durcissement des conditions d’accès aux subsides d’assurance-maladie, baisse des prestations complémentaires pour les seniors, hausse des effectifs dans les classes, augmentation des taxes universitaires au détriment de la démocratisation des études, suppression des abonnements gratuits des TPG pour les moins de 25 ans…
La fonction publique est, comme à l’accoutumée, attaquée frontalement: augmentation de la durée de travail, suppression de certaines prestations en nature (comme le pont de fin d’année), externalisation de certaines fonctions comme le nettoyage, facilitation des licenciements… Et les communes ne sont pas en reste, plusieurs reports sur leurs finances sont aussi prévus (contribution aux TPG, animation socioculturelle, etc.)
Le cadre politique de cette attaque frontale est d’ailleurs consigné noir sur blanc dans le document qui prédit une nécessaire mise au pas des syndicats et invite le Conseil d’Etat à tenir bon en la matière. On relèvera à cet égard que le plan de mesures potentielles prend même des tournures inquiétantes pour ne pas dire antidémocratiques. Il propose d’amputer le Grand Conseil d’une de ses fonctions essentielles en démocratie : proposer des projets de lois. Une mise sous la tutelle du Conseil d’Etat. Et ce dernier verrait son collège réduit de sept à cinq magistrat·es, une concentration supplémentaire du pouvoir. Des super-départements, hors sol, coupés des réalités. La technocratie pyramidale dans toute sa superbe.
L’ampleur des attaques – et le document en annonce d’autres – mérite une réponse à la hauteur de ce texte insultant. Les fonctionnaires vaudois·es ont montré qu’une mobilisation digne de ce nom permet de faire rentrer dans leur coquille les tenant·es de cette vision digne de Trump et de son DOGE ou de Milei et sa tronçonneuse.