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La fabrique de l’impunité

L’économie, l’argent et la politique ont influé sur l’application des droits humains en Suisse. La nécessité de défendre les droits humains n’en devient que plus criante. KEYSTONE
Israël 

«Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça», écrit le journaliste Omar El Akkad, dans un livre primé qui porte ce titre. Il fait bien sûr référence au génocide en Palestine. Quand ce jour viendra, on se rappellera les manigances occidentales qui ont permis aux responsables d’échapper à la justice.

Les «Israel Files», une fuite d’e-mails internes au Ministère israélien de la justice, révèlent comment l’impunité des dirigeant·es de l’Etat hébreu a été orchestrée avec le soutien de pays amis entre 2009 et le printemps 2023. Rappelons que le nettoyage ethnique n’a pas commencé en octobre 2023, mais il y a septante-huit ans. Recours à des avocat·es proches du pouvoir, rencontres diplomatiques secrètes, téléphones aux procureurs: les moyens mis en œuvre pour mener «la guerre juridique» contre celles et ceux qui tentent de poursuivre les crimes israéliens devant des tribunaux sont gigantesques.

Le Courrier et la Wochenzeitung (WOZ) publient aujourd’hui le premier volet suisse de cette histoire. Il nous apprend qu’en 2017, l’avocat genevois Christian Lüscher, qui était alors aussi conseiller national (PLR), n’a pas hésité à utiliser sa proximité avec le procureur général de la Confédération pour protéger l’impunité d’une ancienne ministre israélienne, poursuivie pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, lors de sa visite en Suisse. L’ancien président de la CICAD, Philippe Grumbach était également impliqué dans cette stratégie.

Ces enquêtes documentent les rouages de cette bataille juridique. Elles démontrent comment l’économie, l’argent et la politique influent sur l’application des droits humains. En Suisse, c’est très préoccupant: le secret professionnel des avocat·es qui siègent à Berne prime sur le devoir de divulguer leurs liens d’intérêts en tant que parlementaires. La porte est grande ouverte à l’influence d’Etats étrangers – ou d’intérêts économiques – sur des décisions prises sous la Coupole.

Israël a défendu le principe de compétence universelle – l’idée qu’il existe des crimes si graves qu’ils doivent être poursuivis partout, quel que soit le lieu où ils ont été commis – lorsqu’il s’agissait de poursuivre les nazis. Mais quand ce principe est invoqué pour ses atteintes au droit international, l’Etat hébreu fait feu de tout bois pour l’anéantir. Les Etats européens, dont la Suisse, courbent l’échine.

La résistance de la société civile semble être la seule voie face au (dés)ordre mondial. L’engagement militant, notamment lorsqu’il s’agit de défendre Gaza, montre qu’il dérange les puissant·es. Alors que la répression s’accroît, la nécessité de défendre les droits humains n’en devient que plus criante. Ne baissons pas les bras. Car un jour, enfin, tout le monde aura toujours été contre le génocide à Gaza et la complicité suisse.

El Akkad Omar, Un jour tout le monde aura toujours été contre ça, 2025, Mémoire d’encrier, 183 p.

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