En 2025, la fortune cumulée des 300 personnes les plus riches de Suisse a atteint un record de plus de 850 milliards de francs, apprenait-on le 27 novembre dans le magazine Bilan. Ces dix dernières années, leur pactole a grossi de près de 30%. Coïncidence du calendrier ou non, le Conseil fédéral publiait la veille le premier rapport du monitoring national de la pauvreté, selon lequel 8% des Suisses vit encore avec un revenu inférieur au minimum vital. A Genève, l’une des villes les plus riches du monde, plus de 500 personnes se retrouvent aujourd’hui à la rue à la veille de l’hiver1> (lire notre dossier du 23 novembre).
Et pourtant. En Suisse, quiconque tente de suggérer que l’explosion des inégalités et de la précarité pourrait être combattue par une redistribution des richesses, même à la marge, passe souvent pour un·e dangereux·se utopiste qui risque de faire fuir tous ces milliards à l’étranger. C’est en réalité le seul argument – brandi par les possédant·es et leurs laquais politiques – qui fait mouche auprès de la population. On l’a vu encore pendant la campagne qui a précédé la votation du 30 novembre dernier, lors de laquelle près de 80% des votant·es ont rejeté l’«Initiative pour l’avenir». Le texte proposait de taxer à 50% les successions et donations dépassant 50 millions de francs. Son faible score représente une claque retentissante pour la gauche, qui risque de la rendre atone sur ce sujet pour un bout de temps.
La justice fiscale est pourtant l’un des nerfs de la lutte sociale. Les milieux progressistes devront continuer à détricoter le mythe des fortunés tout puissants, intouchables car ultra-mobiles. Cette affirmation passe aujourd’hui pour une vérité absolue. Pourtant, seule une petite partie de ces super-riches quitteraient la Suisse, havre de stabilité sociale, en cas de taxation accrue. Globalement, l’assiette fiscale globale ne pourrait qu’augmenter2> Lire à ce sujet : https://basta.media/imposition-ultrariches-au-secours-les-riches-vont-partir-Attac-budget. Sans oublier qu’une Convention visant à imposer plus équitablement le grand capital sur le plan international est en discussion à l’ONU.
Il faut aussi battre en brèche l’idée que les détenteurs de capitaux créent la richesse. Non, c’est le travail qui crée la valeur. L’accumulation de trésors gigantesques en mains de quelques individus n’est qu’une confiscation, permise par les règles pathogènes du capitalisme. Comme l’a documenté récemment encore l’économiste Thomas Piketty, la redistribution d’une partie de la plus-value au XXe siècle, conquise de haute lutte par les travailleur·ses, a permis de rendre le système un peu moins inhumain dans certaines parties du monde. Le retour actuel à une concentration des richesses encore plus extrême ne peut conduire qu’à la terrible dystopie en voie de création sous nos yeux. On ne s’y résigne pas.
Notes