La Confédération lance pour la première fois une campagne de prévention nationale contre les violences de genre. L’objectif est d’empêcher la violence avant qu’elle ne débute, ce que la société civile réclame depuis des années. La stratégie s’étendra sur plusieurs années et ciblera ces situations de la vie quotidienne où apparaissent les signes avant-coureurs de la violence. Un véritable renouveau? Une volonté, du moins, d’agir au niveau national et d’homogénéiser les actions des cantons.
En Suisse, la proportion de femmes décédées lors de tentatives d’homicide est sept fois plus élevée que pour les hommes. Et en 2024, malgré les efforts engagés de longue date, les infractions dans le domaine de la violence domestique augmentaient encore, de 6% par rapport à 2023. Les maigres progrès enregistrés par la Suisse sont significativement dus aux mobilisations de la société civile et aux injonctions d’outils comme la Convention d’Istanbul. Celle-ci, lors de sa dernière évaluation, pointait en particulier les ressources insuffisantes engagées, les différences dues au fédéralisme et le manque d’approches intersectionnelles empêchant de lutter contre la violence basée sur le genre.
La stratégie nationale annoncée pourrait modifier une réalité choquante: selon le canton où elles vivent, les personnes touchées par la violence sont très inégalement protégées, qu’il s’agisse d’accès à un hébergement sécurisé, d’examen médico-légal après une agression sexuelle, ou d’éducation sexuelle inclusive. Ces disparités existent également dans la formation obligatoire des professionnel·les, notamment au sein de la police et de la justice, du personnel de santé ou du travail social. Et la société civile dénonce depuis longtemps la mise en œuvre fragmentée entre divers acteurs et actrices des mesures de lutte contre la violence de genre.
Lorsque la Suisse a ratifié la Convention d’Istanbul en 2018, elle s’était engagée à mettre en place une offre de conseil téléphonique disponible 24h sur 24 pour les personnes concernées par la violence. Sept ans plus tard, cette ligne n’est toujours pas réalité. Elle devrait l’être en 2026… si de nouveaux reports ne sont pas annoncés. Les cantons s’y préparent en adaptant leurs structures d’accueil d’urgence. Les associations de terrain seront elles aussi davantage sollicitées par cette campagne qui s’annonce. Le 1,5 million par an budgété suffira-t-il vraiment à adapter leur besoin en ressources?