Édito

Reviens, Jean-Jacques

Reviens, Jean-Jacques
Service public

«Non à un démantèlement en catimini», titre l’Union syndicale suisse (USS). Le Conseil fédéral a en effet proposé hier – mais Albert Rösti avait déjà éventé la nouvelle dans la presse dominicale – de contrer l’initiative de l’UDC visant à réduire la redevance finançant le service public audiovisuel de 335 francs à 200 par un contre-projet par voie d’ordonnance. Selon les termes de cette proposition, une redevance à 300 francs pourrait voir le jour. On peut effectivement juger casse-cou la position de l’exécutif fédéral. Son projet légitime politiquement le travail de sape de l’extrême droite.

Rappelons que celle-ci voulait carrément supprimer la RTS. Il est vrai que les milliardaires qui affouragent ce parti ont tout à fait les moyens de financer une presse à leur image, l’exemple du saccage opéré dans l’audiovisuel, les médias et l’édition en France par un Vincent Bolloré est là pour nous le rappeler. Au-delà de la question légitime de la qualité de l’information, c’est aussi l’enjeu de la cohésion nationale qui est posé par l’initiative de l’UDC. Et celle de la démocratie, qui suppose un accès diversifié à la pluralité des opinions.

Un principe malmené par la crise de l’industrie des médias qui voit tous les jours des nouvelles annonces de licenciements. Et, partant, une réduction de l’offre journalistique. En cela, le débat qui s’annonce – la votation est prévue en 2026 – s’avère complexe. Médias Suisses, la faîtière des éditeurs, pointe ainsi la distorsion de concurrence qu’implique la redevance: la RTS, avec son offre accrue sur la toile, siphonne les potentiels abonnés des titres et portails privés. Le lobby patronal oublie toutefois que des géants comme TX Group viennent, eux, braconner sur les terres du service public, en ayant par exemple le monopole des fenêtres publicitaires sur sol suisse des chaînes étrangères. Un marché indûment dérégulé par un Tribunal fédéral en pleine dérive néolibérale.

Cela compliquera le débat démocratique. On avait observé lors de la campagne sur la Loi sur l’aide aux médias, l’an dernier, que les stratégies industrielles de ces grands groupes avaient pris le dessus sur l’indépendance rédactionnelle de leurs journaux en pesant, au moins partiellement, sur les positions de ces titres de la presse écrite. Une illustration par l’exemple des risques de dérives journalistiques sur un objet mal maîtrisé par le monde politique et même académique. Ils et elles ne sont pas très nombreux·ses à s’intéresser à ces questions pourtant aussi vieilles que la démocratie. Du Contrat social, de Jean-Jacques Rousseau, avait déjà pointé la nécessité d’une information également accessible à toutes et à tous. Assez logiquement, pour lui, la démocratie n’était possible qu’au niveau de la Cité. Deux siècles et demi plus tard, la question se pose avec tout autant d’urgence!

Opinions Édito Philippe Bach Service public Médias Radio télévision suisse

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