Édito

Enjeu piégé

Enjeu piégé
Avec plus de 110'000 signatures, l’industrie extractive pèse plus lourd que les jeunes grévistes du climat. KEYSTONE
Loi sur le CO2

On votera sur le sujet le 13 juin. Le référendum lancé contre la loi sur le CO2 a abouti. Après les 7000 signatures annoncées lundi par la Grève du climat, les milieux économiques, l’UDC et le lobby du pétrole ont déposé mardi plus de 110’000 paraphes. Plus du double par rapport aux 50’000 nécessaires!

Une illustration du déséquilibre des forces en présence qui n’étonnera personne. L’industrie extractive, en pointe dans ce référendum, pèse plus lourd que les jeunes grévistes du climat. Ce n’est pas un scoop. En revanche, on relèvera que si ces derniers parviennent à faire descendre des dizaines de milliers de jeunes dans la rue, ils peinent à récolter des signatures.

La traduction d’un manque d’expérience dans le maniement des instruments de la démocratie semi-directe, sans doute. Mais aussi la manifestation d’enjeux politiques mal compris, y compris au sein de leurs alliés. PS, Verts et les principales organisations de défense de l’environnement ont en effet soutenu le compromis de la loi sur le CO2.

La question qui se pose maintenant sera d’évaluer à qui peut bénéficier en juin un rejet de cette nouvelle législation. Sera-t-il possible de bâtir sur ce refus une politique climatique plus progressiste?

Autant le dire clairement, la mission paraît impossible. Un non sera lu comme un refus de toute taxe sur les carburants visant à réorienter la mobilité vers davantage de durabilité, à réduire les vols en avion et à réorienter vers davantage de vertu climatique les industries responsables de l’augmentation galopante du CO2 dans notre atmosphère.

Le débat ressemble à celui mené à partir de 2002 sur l’édifice des bilatérales. Une frange de la gauche radicale y était opposée et a participé à un processus référendaire. Elle a été inaudible sur le sujet. Et c’est l’extrême droite qui a pu capitaliser à outrance sur ces résultats.

La loi sur le CO2 est certes insuffisante, les mailles de son filet présentent des brèches. Il conviendra de les boucher. D’avancer l’agenda par trop prudent – 2050 est une échéance trop éloignée – et de muscler les objectifs.

Mais ce n’est pas par ce référendum qu’il sera possible d’y parvenir. Si celui-ci passe, c’est bien à une liquidation des acquis contenus dans la loi qu’il faudra s’attendre. Cela serait catastrophique au regard des enjeux.

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