Édito

On a les urgences que l’on mérite

On a les urgences que l’on mérite
La politique de semi-confinement appliquée à la Suisse ne concernera pas la politique d’asile si restrictive qui a cours depuis tant d’années. KEYSTONE/IMAGE D'ILLUSTRATION
Asile

L’ordonnance est datée du 1er avril. Mais elle n’a rien d’une farce. Le Conseil fédéral a décidé mercredi de quelque peu modifier les procédures d’asile pour tenir compte de la crise du covid-19. Pour résumer la position de l’autorité, disons simplement que la politique de semi-confinement appliquée à la Suisse ne concernera pas la politique d’asile si restrictive qui a cours depuis tant d’années.

«Les procédures d’asile doivent continuer à être menées afin que la Suisse puisse remplir ses engagements internationaux», comme l’a justifié mercredi la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Oh, quelques concessions ont été faites, le délai de recours contre une décision du Secrétariat d’Etat aux migrations passe ainsi de sept à trente jours.

Mais pas question de stopper les procédures, notamment d’audition, comme le demandent les associations de défense du droit d’asile. Les requérants continueront de s’exposer au virus en devant voyager. Pire, ces entretiens pourront même être menés sans la présence d’un conseil juridique du requérant, s’il ne peut pas y assister pour cause de pandémie. Même la plutôt prudente Osar (Organisation suisse d’aide aux réfugiés) trouve problématique cette entorse faite aux principes de l’Etat de droit.

Le Conseil fédéral maintient également la possibilité d’expulser des requérants déboutés. Mais, conscient que cette mesure est difficilement applicable, vu l’absence de vols et vu le blocage des frontières, il choisit de prolonger les délais de départ volontaire à trente jours, voire plus. Il serait effectivement ballot que l’autorité soit obligée de délivrer des permis d’admission provisoire à des requérants déboutés pour cause de pandémie. Sans même aller jusqu’à imaginer la libération des personnes embastillées en vertu des mesures de contrainte.

La dureté du Conseil fédéral est d’autant plus ­contestable que les réfugiés potentiels sont bloqués en Grèce, ce qui tarit le nombre de nouvelles arrivées. Une marge de manœuvre existait pour mieux loger et protéger de la pandémie les requérants en attente de décision. Mais préserver la santé des réfugiés, en Suisse déjà, passe visiblement après la volonté de délester le système. On ne change pas une formule qui gagne.

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