Vaud

Les activistes climatiques acquittés à Renens

La justice a blanchi lundi les militants proclimat qui ont joué au tennis dans les locaux de Credit Suisse.
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Les activistes climatiques acquittés à Renens 1
La défendante Dijana Simeunovic (à dr.), entourée de ses avocats, à l'issue du procès. KEYSTONE
Grève du climat

Des larmes qui coulent, avocats et prévenus qui se prennent dans les bras, des applaudissements dans la salle après la lecture du verdict à Renens: les douze activistes de Lausanne Action Climat prévenus pour avoir joué une partie de tennis dans les locaux de Credit Suisse ont été acquittés lundi. Le verdict du premier procès pénal de militants du climat pour désobéissance civile fera date.

> Lire aussi notre édito: Un espoir pour le climat

Le président et juge Philippe Colelough a retenu l’état de nécessité licite: face au danger imminent du réchauffement climatique, les activistes n’avaient pas d’autres moyens efficaces de faire entendre leur voix. «L’action telle que conçue par les prévenus a constitué le seul moyen efficace pour faire réagir la banque», a déclaré le juge.

«Un lien manifeste»

Pour remporter leur recours, les militants devaient prouver qu’ils n’auraient pas eu le même impact autrement. Et ils ont réussi à convaincre le tribunal sur ce point délicat. Pour le juge, les manifestations de masse visent à faire pression sur les gouvernements et non pas à attirer spécifiquement l’attention du public sur l’implication de la place financière suisse par les investissements des banques dans les énergies fossiles. «Il fallait attirer l’attention des médias et créer un lien manifeste avec la banque et avec la figure symbolique de Roger Federer», a souligné le juge.

Roger Federer a annoncé ce week-end qu’il entrerait en dialogue avec ses sponsors

Il a mentionné l’importante couverture médiatique de l’action et du procès, mais aussi le hashtag #RogerWakeUpNow qui a eu un large écho sur les réseaux sociaux, jusqu’à devenir le premier hashtag suisse, «avec le résultat qu’on connaît», a ajouté Philippe Colelough. Roger Federer a en effet annoncé ce week-end qu’il entrerait en dialogue avec ses sponsors.

Le juge a noté aussi que Credit Suisse n’avait jamais répondu aux interpellations directes des prévenus, ni à l’ONG Greenpeace. Les déclarations de la banque sur la finance durable ont eu lieu après l’action des militants dans ses locaux. Quant à l’action politique, le tribunal l’a jugée insuffisante. Le temps qu’il faudrait aux militants pour accéder à de hautes fonctions politiques n’est pas compatible avec l’urgence climatique. Mais ce n’est pas tout: «Des parlementaires fédéraux ont régulièrement déposé des interpellations depuis cinq ans, sans que le gouvernement réagisse plus concrètement que par des déclarations d’intention inoffensives voire lénifiantes».

Convaincu du danger

Le tribunal a au préalable été convaincu du danger imminent que représente le danger climatique. Il a retenu que les rapports transmis par la défense synthétisent des travaux du monde entier et mettent d’accord 95 à 99% des scientifiques. Appelée comme témoin, la climatologue Sonia Seneviratne, contributrice des rapports du GIEC, a fini de le convaincre que chaque demi-degré de réchauffement implique l’atteinte de seuils critiques. Avec 2 °C, des villes et des Etats, comme les Pays-Bas, pourraient être engloutis. Or les Etats se dirigent vers un réchauffement à 3°C et sont loin de prendre le chemin d’un budget neutre en émissions en 2050.

Quant aux dommages subis par Credit Suisse par la violation de domicile – il n’y a pas eu de violence, les clients passaient en enjambant les militants, l’ambiance était bon enfant selon le responsable de la succursale – ils ne font pas le poids face au droit à la santé et à la vie que représente la préservation du climat. «De manière sincère, les prévenus ont exprimé l’authenticité de leur engagement», a souligné le juge. Il a toutefois averti les militants, conscient que cette décision pourrait ouvrir des «perspectives non souhaitables» et relevant le caractère non-violent et d’ampleur limitée de l’action jugée: «Toute manifestation d’un autre type, notamment s’il y a recours à la violence ou des dommages, ne saurait voir ses participants recevoir un traitement similaire.»

Réactions diverses

«Je suis sous le choc. Cette décision est historique, le monde entier le saura», a réagi Etienne Schaufelberger, coordinateur de Lausanne Action Climat, les larmes aux yeux. Les avocats, tous bénévoles, ont souligné l’importance du verdict. «Nous avons mis nos compétences à disposition. J’appelle chacun à faire des actions à sa mesure et je rêve de voir des employés de banque challenger leur hiérarchie», a déclaré Me Irène Wettstein.

Pour la prévenue Beate Thalmann, le verdict représente beaucoup plus qu’un acquittement: «Il donne la position de la justice sur la question du réchauffement climatique. Le troisième pouvoir a conscience de l’ampleur de l’enjeu.»

Absente du procès, Credit suisse était représentée par son avocat lors de la lecture du jugement. «Credit Suisse prend note du verdict et analysera la décision», a déclaré la banque par écrit à l’issue du verdict. Plus tôt dans la journée, elle avait souligné dans une prise de position son engagement pour l’octroi de crédits en phase avec les objectifs de l’Accord de Paris et fustigé une «campagne publique» contre elle, diffusant selon elle de fausses informations.

Notons aussi cette réaction outrée du conseiller national Philippe Nantermod, vice-président du PLR, sur Facebook: «La justice suisse rend maintenant des jugements politiques. Quand l’Etat ne défend plus les droits fondamentaux des individus – la garantie de la propriété en l’espèce –, c’est le début de la fin.»

Avant «leur» verdict, les aînées se réjouissent

lundi 13 janvier 2020

Le changement climatique met en danger la santé des aînés encore plus fortement que celle des autres générations, comme l’avait montré la canicule de 2003 par exemple. L’Etat se doit donc d’agir pour protéger leur droit à la vie et à la santé. Ce sont les arguments des Aînées pour la protection du climat, dont l’association a été fondée en août 2016 et qui compte aujourd’hui plus de 1600 membres et 1000 sympathisants. Parmi les membres du comité figurent par exemple les anciennes conseillères nationales Christiane Brunner (ps, GE) et Pia Hollenstein (verts, SG).

Première instance saisie, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) n’était pas entré en matière, estimant que les aînées n’étaient pas plus menacées que d’autres groupes. Le Tribunal administratif fédéral, saisi par la suite, a été d’un avis similaire. Les aînées se sont alors tournées vers le Tribunal fédéral, dont la décision est toujours attendue. «Nous exigeons un arsenal plus complet de mesures pour le climat ainsi qu’une meilleure mise en œuvre de celles ayant déjà été adoptées», indique l’association.

De nombreux aînés étaient présents hier dans la salle du tribunal de Renens. «Nous sommes émus aux larmes par cet acquittement et par la reconnaissance de l’imminence du danger représenté par le changement climatique», réagit la coprésidente de l’organisation Anne Mahrer. Selon elle, «ce verdict ne signifie pas que la porte est ouverte à des actions violentes. Le président du tribunal a bien souligné que l’action jugée n’avait pas été agressive et qu’il n’y avait eu aucune dégradation.»

La justice a surtout démontré son indépendance, ce qui est essentiel puisque «la politique ne fait pas son travail», ajoute la coprésidente. «C’est magnifique pour les jeunes, dont beaucoup vivent un grand désarroi. Du reste, notre action judiciaire ne vise pas seulement à protéger notre petite santé d’aînés, mais l’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants et de tous les futurs êtres vivants.»

Les Aînées suisses ne sont pas les seules. Juste avant Noël, le mouvement néerlandais Urgenda, qui avait été le premier à déposer une telle requête contre l’Etat, a obtenu gain de cause devant la Cour suprême. Jusqu’à la fin de cette année, les Pays-Bas devront réduire les émissions nocives de 25% par rapport à 1990. Des procédures sont également en cours en Belgique, en France et en Allemagne, notamment. LA LIBERTÉ

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