Chroniques

Fribourg (g)rêve!

Nous ferons grève le 14 juin!

Oser. Se lancer, chercher, trouver, contacter, réunir, organiser. Eté 2018, sur l’impulsion de nos voisines romandes, quelques femmes appellent à la mise en commun des forces organisées peu nombreuses, dans un canton à la population qui fluctue au rythme des semestres universitaires. Le collectif fribourgeois pour la grève des femmes*, c’est l’histoire d’un mouvement nécessaire qui, au fil du temps, a vu apparaître de plus en plus de femmes* et rassemble aujourd’hui plus de 130 membres, dont une dizaine de représentantes d’organisations.

Premières séances, se côtoient autour de la table des anciennes de la grève de 1991, toujours prêtes à partager leur expérience de l’organisation d’une grève mais aussi de leurs combats; des représentantes d’organisations pour les femmes; les militantes de la première heure; des syndicalistes; des politiciennes; des étudiantes. Au fil des mois, de plus en plus de femmes rejoignent le collectif, principalement à titre individuel. Des (très) jeunes, des mères, des retraitées, un grand nombre de femmes de tout horizon avec un point commun: un besoin de lutter pour l’égalité.

En séances plénières: discussions, débats de fond. La mixité choisie questionne, le manifeste interroge, le logo surprend. Un équilibre délicat à trouver entre l’écoute attentive de toutes les opinions et l’organisation concrète d’un événement qui approche à grands pas. De séance en séance, cette grève aux contours flous se pare de noir et de blanc: les Fribourgeoises* se l’approprient.

La structure du collectif est simple. Le bureau, composé de cinq femmes, se charge de la coordination globale, de la communication et de l’administration. Les décisions sont prises en séance de coordination et/ou dans les groupes de travail. Les séances de coordination permettent d’échanger, d’informer, d’accueillir, d’organiser et de créer des GT [pour groupes de travail]. Car la grande spécialité du collectif fribourgeois, ce ne sont pas les meringues et la crème double, mais les GT, qui rassemblent les membres en fonction de leurs intérêts, envies et compétences pour l’organisation de tous les événements en amont du 14 juin et de la grève en elle-même. Chacune doit faire avec un emploi du temps souvent déjà bien chargé, la solution des GT permet de fonctionner en collectif sans hiérarchie, où chacune a le même pouvoir de décision.

Une grande préoccupation du collectif est la représentativité; réussir à toucher et rassembler toutes les femmes* du canton. Contacts avec les associations de migrantes, actions de sensibilisation auprès des femmes des villages et les organisations de femmes paysannes, promotion du collectif auprès des partis politiques, etc. Le mouvement se veut intersectionnel. Certaines voix se font entendre sur l’accessibilité du combat. Les craintes d’un discours trop intellectuel se font sentir et nous rappellent que cette grève, c’est la grève de toutes les femmes*. Finalement, le collectif fribourgeois, c’est un lieu d’apprentissage et de questionnement.

Depuis les deux grands événements de l’automne 2018, la manifestation du 22 septembre et la marche nocturne contre les violences sexistes du 24 novembre, l’agenda se remplit: stands, projections de films avec les organisations estudiantines, vitrines et suggestions de lectures féministes avec les librairies, apéritifs dans des centres culturels, conférences et débats sont autant de moyens de créer de belles collaborations, d’aller à la rencontre de la population, de porter nos revendications, de fédérer sous un même logo des conceptions différentes de la lutte féministe et de réunir les forces en vue de la grève.

Dernière séance, une question révèle la forte dynamique qu’a pris cette lutte: «et après le 14 juin?». Les (g)rêveuses* pensent le mouvement sur le long terme.

Facebook: Grève des femmes Fribourg – Frauenstreik Freiburg | @grevefeministecoordinationfribourg
Instagram: @grevefeministefribourg
Mail: grevefemmesfribourg@gmail.com

En Romandie comme dans le reste de la Suisse, divers collectifs de femmes* se sont constitués pour organiser la grève du 14 juin. Retrouvez les échos de ces préparatifs jusqu’en juin en page Regards et dans le dossier “Nous ferons grève le 14 juin”. Prochain rendez-vous le 18 avril.

Opinions Chroniques Collectif fribourgeois pour la grève

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