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Du corps à l’argent

Revenant sur une récente conférence de presse relative au manque de personnel dans les EMS genevois, organisée par les syndicats, Anne-Laure Repond, secrétaire générale de la Fegems, se dit choquée par l’usage de certains termes relayés dans la presse. Réflexion.
EMS

La semaine dernière, les syndicats, en conférence de presse, ont exigé plus de personnel de soins dans les EMS. Ils se réfèrent à l’initiative 125 acceptée par le peuple genevois en 2007. Les termes d’«adeptes du jeté de vieux» – expression reprise dans la Tribune de Genève pour titrer son article – ont été placés dans ce contexte pour appuyer la rhétorique syndicale et sont d’autant plus choquants qu’ils ont été énoncés par des employés d’EMS eux-mêmes pour souligner le manque de personnel.

Il convient de s’interroger sur la façon dont les corps des personnes âgées sont «chosifiés» lorsqu’ils sont l’objet du jeu politique. En suggérant que le personnel qui travaille en EMS s’occupe des résidants comme des corps-déchets, on laisse entendre que les âgés sont des «vieux» prêts à être «jetés», une charge dont on s’empare.

Une charge de travail qui se transforme grâce au pouvoir des mots en un «poids» impersonnel et manipulable. Qui oserait une telle expression pour évoquer le travail auprès des personnes en situation de handicap? Si tel était le cas, tout le monde s’en offusquerait; alors pourquoi est-il courant de parler des personnes âgées comme de colis?

En faisant référence aux prestations complémentaires, le politique ne fait que renforcer le malaise et laisse entendre que les personnes âgées coûtent cher à la société, parce qu’elles nécessitent trop de soins et deviennent un poids. Réfléchir à l’accueil des âgés en institution en termes de lignes budgétaires, les transforme en charge. Le discours officiel tient compte de ce qu’elles coûtent et non des personnes elles-mêmes.

Les discours se réfèrent à des corps déshumanisés ou à des actes de soins, mais ne visent pas à définir la place des plus vulnérables dans la cité.
Pourquoi n’entend-on jamais ce que les personnes âgées nous apportent et ce que ce secteur d’activités «rapporte» en termes d’emplois, de revenus aux entreprises, à l’instar de celui du secteur du handicap? Les discours officiels préfèrent mettre avant les problèmes de coûts, de charges; problèmes qui sont «jetés» constamment en pâture au public. Certes, le personnel des EMS assume seul les conséquences du manque de personnel de soins. Il ne dispose pas pour autant des corps des résidants aussi facilement et irrespectueusement que le laissent entendre ces propos que nous jugeons outrageants.

Le plus grave est de faire croire aux lecteurs que des pratiques indignes seraient tolérées dans nos établissements.

Le respect de la dignité des résidants est intangible. En actes comme en paroles. Concertation, supervision, analyse des pratiques, charte éthique, référentiel qualité-métier, formation continue sont aujourd’hui, pour la Fegems, autant de moyens de garantir un accompagnement de qualité quel que soit le contexte économique.

Anne-Laure Repond, Secrétaire générale de la Fédération genevoise des EMS (Fegems).

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