Chroniques

L’amitié au travers des ans

Ça y est, j’ai chaussé mes lunettes pour mieux te voir, mon enfance. Je ne voyais plus de près mais de loin, ça oui que je vois bien.

Je me souviens de la cour d’école, des élastiques tendus entre deux paires de gambettes pas plus grosses que des allumettes, on sautait par-dessus, on faisait tourner nos chevilles, on s’emmêlait et se démêlait, ça sciait les soquettes mais on ne s’arrêtait pas pour autant. Ces élastiques-là étaient sacrément solides. Jamais la tension n’a mené à la rupture. Et puis on remballait, hop un petit nœud dans la poche, une se mettait face au mur, les autres au poulailler, celle qui était face au mur comptait jusqu’à trois et bam en se retournant faisait apparaître le soleil. Ça chauffait sec dans la cour, je vous le dis, et pour autant on ne s’y sentait jamais acculées, contre le mur. Celle qui n’avait pas bougé d’un poil ou n’avait pas été vue gagnait et on recommençait. C’était la cour de récré. C’étaient mes copines. On avait quoi? huit ans, neuf ans peut-être? On ne savait pas encore que ces copines-là, les copines des élastiques tendus sans jamais se rompre, les copines du mur qui n’emmure pas, deviendraient les amies de toujours, on ne savait pas parce qu’on n’y réfléchissait pas.

Et maintenant qu’on sait, maintenant qu’on y pense, c’est du soleil en évidence qui inonde tout sans jamais cogner.
CF

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Chroniques de Montricher

lundi 17 juillet 2017
Dans le cadre d’une résidence d’été à la Fondation Michalski, le collectif d’auteurs Caractères mobiles écrit des textes littéraires sur commande pour vous, lectrices et lecteurs ...

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