Dans nos différentes luttes, il arrive parfois de se décourager et se dire que cela ne sert à rien. Il est donc bon, en particulier au moment où la xénophobie reprend du terrain un peu partout en Europe, de se souvenir d’une lutte exemplaire qui a gagné. Il y a dix ans, le 25avril 2001, le mouvement «En 4ans on prend racine» ouvrait le refuge de Bellevaux. Neuf Kosovars (une famille avec trois enfants, un couple et deux célibataires) avaient trouvé protection dans cette église lausannoise. Des années auparavant, ils avaient fui la guerre en Kosovë et avaient demandé l’asile en Suisse. Après plus de six à quatorze ans d’attente, la Suisse leur donnait sa réponse: le renvoi et la menace d’un plan de vol. Le large mouvement de soutien qui les accompagnait posait alors publiquement la question aux autorités et à la population vaudoises. Voulez-vous expulser des hommes et des femmes qui se sont intégrés et ont refait leur vie ici et qui sont devenus une partie de nous? La mobilisation a été très grande. L’affaire a été très médiatisée. Les actions d’éclat au Château –siège du gouvernement– et l’utilisation de médiateurs institutionnels ont également permis de faire avancer le dossier.
Le 28août 2001, après 127 jours d’occupation, tout le monde peut sabrer le champagne. Nous recevons du Conseil d’Etat des garanties pour la recherche d’une solution humainement acceptable. Les Kosovar-e-s du Refuge retrouvent leur logis, leur activité professionnelle, leurs camarades de classe… Aujourd’hui certains sont devenus suisses, ont eu des enfants et continuent leur chemin. Après huit ans de lutte militante, le mouvement «En 4 ans on prend racine» peut se dissoudre. Tous les Kosovars restés dans le canton ont donc obtenu un permis. Soit 344 personnes, dont 183 enfants. Il n’y a eu aucune expulsion. Par la suite, le mouvement des «523» déboutés et la Coordination Asile Vaud ont également occupé plusieurs églises entre 2004 et 2007 et obtenu des permis pour tous. Si les luttes paient, elles doivent malheureusement également continuer. Le robinet à arbitraire continue à couler. La situation des personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) et des interdits de travail continue à rester préoccupante et humainement inacceptable. Des milliers de «sans-papiers» vivent aussi sur territoire vaudois et demeurent exclus des régularisations obtenues.