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Cancer du col de l’utérus: vacciner ou non?

Le bénéfice potentiel des vaccinations pour la santé individuelle et la santé publique en Suisse est défini par une évaluation rigoureuse du nombre de cas et de la gravité des maladies, des caractéristiques des vaccins de leur coût, de leur faisabilité, des stratégies possibles (ne rien faire, vacciner seulement certaines personnes, recommander une vaccination généralisée…), des attentes de la société, des questions éthiques et des questions éventuellement encore ouvertes.
Depuis janvier 2007, un vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) est disponible en Suisse. Il est clairement établi que ce virus est responsable du pré-cancer et du cancer du col de l’utérus. Il se transmet lors de rapports intimes et la protection conférée par le préservatif est insuffisante. Si 80% des femmes infectées se débarrassent du virus, 20% vont rester porteuses et présentent un risque élevé de développer des pré-cancers. Chaque année en Suisse, plus de 5000 femmes, souvent encore jeunes, sont confrontées à un pré-cancer et plus de 300 à un cancer du col déjà avéré. Les décès se chiffrent à une centaine par année. Les vaccins actuels permettent une protection à 99% contre les souches responsables d’au moins 70% des cancers du col. Le but de la vaccination généralisée est donc de protéger les femmes contre une maladie potentiellement mortelle et cause importante de souffrances physiques et morales.

Le frottis ne règle pas tout

Le dépistage chez le gynécologue ne protège que les femmes qui y vont très régulièrement, et il ne protège pas contre les pré-cancers: le frottis permet seulement de diagnostiquer des lésions et de les traiter avant qu’elles ne deviennent cancéreuses. Ces traitements chirurgicaux sont lourds, non dénués de complications et très coûteux. Il faut y ajouter des thérapies encore plus complexes en cas de cancer et la nécessité de contrôles ultérieurs intensifs à vie.

Le vaccin contre le HPV est relativement cher, parce que son développement a coûté très cher et que l’industrie espère faire le plus de bénéfice possible. Cependant la stratégie actuelle en Suisse est encore bien plus chère : nous dépensons 180 à 200 millions de francs par an pour le dépistage, plus 23 millions pour les traitements. Sans parler des coûts humains… Un programme de vaccination efficace, négocié à environ 16 millions de francs par an, permettra d’économiser la majorité des traitements et de mieux cibler les dépistages – même si des contrôles restent nécessaires. Ainsi, les bénéfices iront certes à l’industrie, mais surtout aux femmes vaccinées et à toute la société.

Des experts indépendants

L’industrie pharmaceutique vise à vendre ses produits et engendrer des bénéfices. Cependant, c’est dans son intérêt que de développer des produits efficaces, sûrs et ayant fait leurs preuves. Un produit devant être retiré du marché coûte très cher! De nombreuses études sont donc conduites par des chercheurs indépendants pour évaluer la sécurité et l’efficacité des vaccins. Ces études sont examinées par Swissmedic, l’organisme fédéral de contrôle chargé d’accorder (ou non) la mise sur le marché d’un médicament. Les recommandations de vaccination sont ensuite établies par une commission d’experts indépendante et par l’Office fédéral de la santé publique. Enfin, le secteur des assurances réexamine le tout pour décider, ou non, d’un remboursement qu’accorde le Département fédéral de l’Intérieur. La répartition des responsabilités sur autant de personnes garantit une protection très efficace contre les influences – y compris celles de l’industrie.

En ce qui concerne les recommandations de vaccination contre le HPV, les différences entre les pays européens sont minimes. Les critères d’analyse sont les mêmes. Les décisions dépendent de la qualité de la prévention (en Finlande, il y a moins de cancers mais plus non plus de rougeole depuis 1996!) et surtout des moyens financiers disponibles, les économies n’étant réalisées qu’après plusieurs années. A terme, l’OMS prévoit que cette vaccination sera au programme de la majorité des pays.

Se vacciner au plus tôt

La contamination par HPV peut survenir dès les premiers rapports sexuels et les risques augmentent à chaque nouveau partenaire. Une fois l’infection acquise, le vaccin n’est plus efficace. Il est donc important de pouvoir se vacciner le plus tôt possible, idéalement avant le début de l’activité sexuelle. En Suisse, le risque augmente de cinq à dix fois entre 14 ans et 15 ans! Le risque d’attendre, c’est d’être infectée avant… Et attendre quoi? Les études d’efficacité sont terminées, et il faudra dix ans avant de savoir si un rappel est nécessaire, ou non. Plus de 20 millions de doses de vaccin ont déjà été distribuées, démontrant sa tolérance. Certes, des événements graves et même des décès sont parfois survenus juste avant ou juste après une vaccination… sans que celle-ci ne soit mise en cause dans un seul décès. A Genève, plus de 1200 élèves ont été vaccinées par le Service de Santé de la Jeunesse depuis septembre 2007, sans aucune complication.

* Directrice adjointe du Service de santé de la jeunesse, Département cantonal genevois de l’instruction publique.