En ce qui concerne le projet de loi sur la régulation des réseaux sociaux («Mieux protéger les mineurs suisses», 15 octobre), les parents qui se font des soucis pour leurs enfants ne doivent pas s’attendre à une aide de la part du gouvernement. Le projet ne mentionne ni la nudification par l’IA, ni le cybergrooming (pédopiégeage), ni la pédopornographie, ni le chantage par sextorsion, ni les risques de suicide – ni même les enfants. Alors qu’aux Etats-Unis, aux moins 3000 litiges contre le Big Tech sont en cours, portés par des parents qui ont perdu un enfant aux réseaux sociaux; en Suède, les jeunes sont facilement recrutés par les gangs criminels; en Suisse1>kinderschutz.ch, il faut en moyenne nonante secondes pour qu’un enfant reçoive un message sexuel d’un adulte, tandis que seuls 39% de jeunes se sentent en sécurité sur internet.
Cherchons l’éléphant dans la pièce: les articles de presse au sujet des réseaux sociaux sont systématiquement illustrés par une photo d’un enfant avec un smartphone, sans jamais mentionner celui-ci. Pourtant, le smartphone est le portail vers tout cet univers adulte. On parle par exemple de contrôles parentaux (compliqués, et faciles à contourner) ou de conflits familiaux autour de la gestion du temps d’écran, sans aborder la source du problème: le smartphone individuel, ce petit cheval de Troie qui s’insinue dans nos vies pour nous prendre en otage. Il faut en parler.
On veut protéger son enfant mais on ne veut surtout pas le voir exclu de son groupe social. L’argument qui l’emporte est donc souvent «mais tout le monde en a un!» Or, l’association Enfance sans smartphone 2>enfancesanssmartphone.ch propose une aide immédiate et réelle, sans avoir à attendre des années pour une législation chimère: si les parents d’une même classe d’école se mettent d’accord, par le biais d’un pacte parental, pour repousser l’âge du premier smartphone, cet argument tombe. En agissant par solidarité, on se simplifie la vie et permet aux enfants de continuer à être des enfants. Enfance sans smartphone décrit la démarche à suivre, facilite le débat familial et propose des moyens de communication alternatifs.
A noter que les PDG du Big Tech protègent volontiers leurs propres enfants des effets néfastes de leurs produits jusqu’à une âge plus mûre3>New York Times, 18 août 2026. Déjà en Suisse près de 2000 familles attendent. L’enfance est trop précieuse pour être passée derrière un écran. Changeons la norme! Vive la vie!
Nigel Lindup,
Versoix (GE)
Notes