Octobre a mis à l’honneur les femmes rurales et l’alimentation à travers deux Journées internationales. Mais les enjeux qu’elles soulèvent restent d’actualité toute l’année. Garantir à toutes et tous une alimentation suffisante et diversifiée passe par une agriculture durable, qui préserve les ressources de notre planète. Cela implique aussi de soutenir les paysannes, actrices clés de la production alimentaire, notamment dans les pays du Sud.
En 2025, 645 millions de personnes souffraient encore de la faim dans le monde, tandis que 2,69 milliards n’avaient pas les moyens de s’offrir une alimentation diversifiée. Ces chiffres rappellent que la sécurité alimentaire reste un défi majeur, qui appelle des réponses durables et adaptées aux réalités locales.
Des progrès sont pourtant possibles, comme le montre un récent rapport de Sufosec, l’alliance pour une alimentation durable dont Swissaid est membre. L’étude porte sur plus de 12 000 ménages dans 16 pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.
Depuis la première mesure, en 2021, la proportion de ménages en situation d’insécurité alimentaire est en moyenne passée de 61% à 41% dans les projets étudiés. La faim aiguë a elle aussi reculé: alors que plus d’un ménage sur cinq y était confronté au départ, cette proportion était d’environ un sur dix l’an dernier. Ces résultats montrent que la coopération au développement porte ses fruits et que des initiatives ancrées dans les contextes locaux peuvent contribuer concrètement à améliorer la sécurité alimentaire.
Cultiver durablement et ensemble.
L’agroécologie est l’un des leviers essentiels de cette évolution. En s’appuyant sur les savoirs paysans, la diversité des cultures, des semences adaptées aux conditions locales et des pratiques favorables à la biodiversité, elle renforce la capacité des communautés à produire une alimentation suffisante et diversifiée. Elle permet aussi de mieux faire face aux aléas climatiques et de réduire la dépendance aux intrants coûteux. Au-delà des pratiques agricoles, elle repose sur une dynamique collective fondée sur le partage des connaissances, la création de coopératives et la participation aux décisions.
Les femmes rurales jouent un rôle essentiel dans cette transition. Dans de nombreuses régions, elles contribuent de manière déterminante à la production agricole, à la transformation et à la préparation des aliments. Dans certains pays du Sud, elles peuvent produire jusqu’à 80% des denrées alimentaires destinées à la consommation des ménages et à la vente sur les marchés locaux. Leur contribution à l’approvisionnement alimentaire des communautés est donc majeure.
Pourtant, leur accès à la terre, aux semences, au financement et aux espaces de décision demeure souvent limité. L’enjeu est de les accompagner dans les initiatives qu’elles développent, de renforcer leurs organisations et de soutenir leurs démarches pour faire valoir leurs droits. L’agroécologie, c’est également cela.
Des coupes dangereuses.
C’est l’approche de Swissaid, qui travaille aux côtés des paysannes, des paysans et d’organisations partenaires locales. Et les résultats de Sufosec soulignent l’importance de cet engagement dans la durée. À l’heure où les budgets de la coopération au développement sont réduits à Berne et restent sous pression, fragiliser ces efforts reviendrait à compromettre des progrès durement construits. La Suisse doit continuer à prendre sa part en maintenant une coopération au développement solide et suffisamment financée.
Préserver cet engagement collectif, c’est investir dans des systèmes alimentaires durables, capables de nourrir suffisamment et sainement les populations tout en préservant les ressources naturelles de notre planète. Les progrès d’aujourd’hui sont les fondations de demain.