Alors comme ça, il faudrait qu’on soutienne la candidature de l’udéciste genevoise Céline Amaudruz au Conseil fédéral, pour succéder à Guy Parmelin? Tout cela au nom du droit de Genève d’être représentée dans ce noble cénacle, d’où elle est absente depuis que Micheline Calmy-Rey s’en est échappée il y a quinze ans? On n’avait pourtant pas l’impression que Genève ait particulièrement souffert de ne plus avoir de «représentant·e» au Conseil fédéral depuis quinze ans, ni d’ailleurs que Micheline se morfonde de ne plus y être. Et on ne voit pas bien en quoi Amaudruz (ni l’UDC en tant que telle) serait représentative de Genève.
Vous voulez vérifier? Prenez les votations fédérales de ces dix, ou vingt, ou trente dernières années, et comparez les résultats genevois avec les mots d’ordre de l’UDC repris par la candidate locale: les convergences se comptent sur les doigts d’honneur des deux mains. Ce n’est pas Genève qui a besoin de la candidate de l’UDC genevoise – a-t-elle seulement besoin de la Suisse, Genève? –, c’est cette candidate qui a besoin de Genève.
Il nous faudrait entrer dans une sorte d’union sacrée pour soutenir la candidature d’une udéciste parce qu’elle «coche toutes les cases» du jeu de l’oie fédéral: que c’est une femme romande, qu’elle est UDC et que l’UDC n’a jamais été représentée au gouvernement par une femme (ce qui d’ailleurs est parfaitement logique, ce parti étant de tous les partis gouvernementaux le moins porté à soutenir les droits des femmes). Si nous étions français, soutiendrait-on, pour la seule raison qu’elles sont femmes, la candidature de Marine Le Pen ou celle de Sarah Knafo? Ou, si nous étions allemands, celle d’Alice Weidel? Italiens, celle de Giorgia Meloni? Vaudois, celle de Valérie Dittli?
Nous avons soutenu les candidatures de Ruth Dreifuss et de Micheline Calmy-Rey non parce que ces candidatures étaient féminines, mais parce que pour l’essentiel (et un peu plus), leurs positions politiques étaient les nôtres, ou s’en approchaient suffisamment, ou ne s’en éloignaient pas beaucoup. Les positions politiques de Céline Amaudruz nous sont-elles compatibles? Nullement. Elle dit elle-même: «à 90%, je vote avec mon parti». Comme lui, elle est ultralibérale en économie (sauf pour l’agriculture), xénophobe, répressive, isolationniste, militariste, plutôt trumpiste, prorusse et europhobe.
Alors, qu’est ce qu’on en fait, de la candidature Amaudruz? Eh bien, on n’en fera rien. On la laissera à qui elle convient: à elle, surtout, et à l’UDC cantonale genevoise. Qu’elle soit candidate, qu’elle soit désignée ou non par son parti, qu’elle soit élue ou non par ses collègues, peu importe. Qu’il lui soit arrivée de picoler (nous aussi, d’ailleurs), de s’en prendre à des policiers (nous aussi, d’ailleurs), qu’elle soit maquée au secteur bancaire (euh, là, non, pas nous) et qu’elle cumule les conseils d’administration (là non plus, pas nous), on s’en moque. Ce qui importe, c’est que derrière elle, à ses côtés, au-dessus ou en dessous, on ne puisse trouver que des gens qui lui ressemblent politiquement, pas ses collègues de parlement qui n’ont en commun avec elle que les bancs de l’hémicycle, mais qui, sur tous les enjeux qui importent – l’immigration, l’asile, l’Europe, les banques, le logement, la propriété privée, l’environnement, l’armée, les banques – font des choix à l’inverse des siens. Qu’elle appelle, comme nous, à refuser l’augmentation de la TVA pour financer l’AVS, ou qu’un Roger Köppel1>Rédacteur en chef de la Weltwoche, ancien conseiller national UDC. la considère comme «absolument inappropriée pour le poste», ne sont tout de même pas des raisons suffisantes pour la soutenir.
C’est le Parlement fédéral qui élit les membres du Conseil fédéral. De sorte que ce parlement a forcément les ministres qu’il mérite. Et qu’il impose au pays. Et nous les impose à nous, qui devons bien faire avec. Ou n’en rien faire du tout, puisque, après tout, nous n’en avons nul besoin. Ni en tant que Genevois·es ou Romand·es, ni, et encore moins, en tant que socialistes ou que vert·es.
Notes