Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Cicad: une nécessaire mise au point

La Ville subventionne depuis 2018 la Cicad (ici au Salon du livre de Genève). De 50 000 francs à l’origine, le montant a doublé dès 2020. DR/PHOTO-PRÉTEXTE
Apartheid

Entre la gauche et la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad), la rupture semble consommée. La gauche radicale était déjà disqualifiée pour son soutien indéfectible à la Palestine. Mais voilà que le Parti socialiste genevois est cloué au pilori pour avoir pris la défense de son député Sylvain Thévoz qui, il est vrai, ne mâche pas ses mots contre la Cicad.

Une surprise? Pas vraiment. Car l’activisme pro-israélien de la Cicad est depuis longtemps l’éléphant qui trône au milieu de la République. La «défense de l’image d’Israël» figurait d’ailleurs en toutes lettres dans ses statuts, avant de disparaître subrepticement. Difficile de défendre ouvertement un Etat qui étend ses colonies brutalement et qui, depuis trois ans, commet un génocide à Gaza, avec une classe politique majoritairement acquise à une idéologie suprémaciste.

La Cicad répond qu’elle ne fait pas de politique. Elle qualifie pourtant l’antisionisme de «forme d’expression contemporaine d’antisémitisme». Et son secrétaire général, Johanne Gurfinkiel, a emprunté un terme au Troisième Reich, Judenrein, pour qualifier les Apartheid-Free Zones, ces lieux culturels et associatifs qui boycottent Israël. Des propos qui valent aujourd’hui à la Cicad une dénonciation pénale par le procureur général genevois, Olivier Jornot.

Pour outrancière qu’elle soit, cette fuite en avant a le mérite de clarifier les enjeux. Car pour être combattu efficacement, l’antisémitisme, ce délit et fléau bien réel, ne doit plus pâtir de l’injonction faite aux juifs et juives de se solidariser à tout prix avec Israël. Il appartient aux pouvoirs publics, et notamment à la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, chargée de la stratégie nationale contre le racisme et l’antisémitisme, de ne pas tomber dans le piège de la politisation voulue par la Cicad. On se souvient du message passé à Ignazio Cassis, grand ami d’Israël, lors de sa venue au gala de la Cicad en mai dernier. L’objectif avait été clairement énoncé: faire adopter par la Suisse une norme qui criminaliserait la critique d’Israël, comme la loi Yadan a tenté de le faire en France.

C’est dans ce contexte que nous publions notre enquête, lancée avant la montée de la tension entre le PS genevois et la Cicad. Elle concerne le financement de la Cicad par les collectivités publiques, Ville de Genève en tête. D’où il ressort que la transparence fait défaut. Et que faute d’obtenir les documents demandés, le conseiller municipal d’Ensemble à gauche Tobia Schnebli a obtenu une séance de médiation. Affaire à suivre.

Autour de l'article

Genève

La Cicad sur la sellette

L’association touche une subvention de la Ville sans avoir jamais signé de convention. Si celle-ci n’est pas obligatoire, son absence interroge. Le conseiller municipal Tobia Schnebli exige la transparence financière. Immersion dans un dossier opaque, sur fond de tensions entre la Cicad et la gauche genevoise: une procédure contre un député, un procès en vue pour calomnie et un Parti socialiste qui fait front.