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Constante réduction de l’espace médiatique

Un exemplaire des journaux gratuits Lausanne Cites et du GHI. KEYSTONE
Médias

L’hebdomadaire genevois gratuit GHI et son homologue vaudois Lausanne Cités vont probablement disparaître à la fin de l’année. La nouvelle a été annoncée mercredi. Une hypothétique reprise est évoquée, mais à lire les propos des propriétaires, la famille Fleury, une telle démarche tiendrait davantage de la captation de certains actifs des deux titres que d’une démarche assurant leur pérennité.

Ce qui amène deux considérations. Tout d’abord, quoi qu’on pense de ces journaux, qui ont parfois su se perdre dans des surenchères populistes au ton très droitier, il s’agit d’une perte en terme de diversité des titres et des opinions. Le périmètre journalistique se rétrécit encore un peu, et c’est une mauvaise nouvelle.

Deuxième constat, économique celui-là: cet effondrement du modèle gratuit –20Minutes a mis fin à sa version papier au début de l’année – est aussi révélateur de la crise de l’industrie des médias. Certains aspects de cette révolution sont bien connus: les géants du web, les Gafam (pour Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), viennent siphonner la publicité et privent les journaux de ces rentrées. Et l’information est instrumentalisée par ces mêmes acteurs, avec un pilonnage des cerveaux et une marchandisation constante.

Les anciens barons des médias suisses contribuent d’ailleurs à cette dérive. Les petites annonces, celles-là mêmes qui, pendant des années, ont servi le modèle de GHI et de Lausanne Cités, ont été captées par des sites internet rachetés ou construits par ces mêmes groupes avec l’argent des journaux vaches à lait. Simplement, aujourd’hui, au lieu de financer les médias, les bénéfices de ces sites sont directement injectés dans les poches des actionnaires.

On relèvera aussi l’impasse dans laquelle le mythe de la gratuité a conduit la presse suisse. Les groupes qui ont alimenté cette chimère ont ainsi hâté et flatté les habitudes des lecteur·ices-consomateur·ices. Aujourd’hui, l’info se consomme souvent largement sans cadre journalistique, sur son smartphone, soumise au bon vouloir des multinationales de la Tech. Dont certaines flirtent allègrement avec des idéologies totalitaires. Qu’on pense au salut nazi d’un Elon Musk lors de l’investiture de Donald Trump, devenu depuis influenceur d’extrême-droite.

Le lavage des cerveaux et la propagande ne sont pas des phénomènes nouveaux. Ils prennent en revanche des allures plus redoutables, orwelliennes dans certains cas, qui obligent à une vigilance démocratique. Et à un engagement citoyen.

L’information n’est pas une marchandise, s’informer fatigue, selon la formule d’Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde Diplomatique. Cela implique effectivement des efforts, y compris financiers. L’information a un prix. La démocratie aussi.