Les journalistes seront encore un peu moins nombreux·ses en Suisse romande. Le groupe St-Paul, éditeur de La Liberté a annoncé, la veille du 1er mai, sacrifier dix-huit postes équivalent plein temps, dont treize dans les rédactions. Cela correspond à 16% des travailleurs et travailleuses du groupe, entre le quotidien La Liberté et les deux autres publications régionales, La Gruyère et Broye hebdo.
La direction annonce privilégier «le recul et l’approfondissement» avec des enquêtes, des reportages, des interviews. «Une stratégie qui nous laisse perplexe, puisqu’elle donne l’impression que nous produirons davantage de contenus… avec moins de personnel», rétorquent les sociétés de rédactions, qui doutent que les trois titres survivent au choc. Partenaire historique de La Liberté, Le Courrier sera aussi touché par l’affaiblissement attendu des rubriques Suisse et culturelle du quotidien fribourgeois.
L’annonce intervient dans un contexte de plus en plus fragilisé, où les annonces de restructurations se succèdent dans les rédactions. Tamedia, éditeur de la Tribune de Genève et de 24 Heures, a annoncé en janvier la suppression de 25 à 30 postes. La «transition numérique» est régulièrement évoquée. Celle-ci ne change pourtant rien au fond du travail des journalistes: rendre compte des enjeux, analyser, enquêter et surveiller le pouvoir. Des moyens sont nécessaires pour mener ces missions à bien, à tous les niveaux.
Une démocratie forte a besoin de médias solides et diversifiés. Le 8 mars dernier, le démantèlement total du service public a été évité de justesse, avec le non à l’initiative 200 francs ça suffit. Mais les mesures décidées par le Conseil fédéral obligent quand même la SSR à économiser 270 millions d’ici à 2029 et supprimer 900 postes.
Dans le secteur privé, les quelques aides à la presse actuelles n’ont pas réussi à stopper l’hémorragie. Elles sont remises en cause, à juste titre, lorsqu’elles servent à engraisser les actionnaires plutôt à qu’à financer un journalisme de qualité. Il est toutefois essentiel de les renforcer, avec des garde-fous, pour éviter un détricotage du paysage médiatique.
Au niveau suisse, le projet de loi sur les droits d’auteur et les droits voisins prévoit de faire payer les géants du web pour leur utilisation des prestations journalistiques. Arrivé sur la table du parlement, le projet a été reporté. Le Conseil fédéral a été prié de revoir sa copie: il n’y avait en effet pas intégré l’intelligence artificielle, devenue un enjeu majeur. Aujourd’hui, le temps presse. Un sursaut politique est nécessaire.