La période ensoleillée et chaude qui nous a accompagné·es durant cette période caniculaire devrait nous inciter à accroître la part d’énergie photovoltaïque. En effet, notre réseau électrique a été mis à rude épreuve pour contrer la chaleur. Qu’il s’agisse d’alimenter les ventilateurs – dont la consommation est faible pour une efficience reconnue – ou les climatiseurs – très gourmands en énergie pour un rendement médiocre, surtout s’ils sont utilisés fenêtres et portes ouvertes.
C’est aussi le moment de réhabiliter le parent pauvre de nos énergies renouvelables: la géothermie. Disponible presque partout en Suisse et à tout moment, son essor exige une volonté politique qui nous manque cruellement actuellement. La géothermie de faible et de moyenne profondeur est bien maîtrisée. Il est donc regrettable que la Suisse ait débuté par des projets de géothermie de grande profondeur, que ce soit à Bâle ou à Saint-Gall, dans des régions où l’aléa sismique est élevé. Les essaims sismiques [succession de secousses dans un temps limité] qui ont suivi ont légitimement inquiété les populations locales et, par l’écho médiatique suscité, injustement terni l’image de cette technologie.
Il y a d’autre part le problème de l’eau, avec les exemples du Rhin et du Tessin. Il n’y a en effet dans leurs bassins versants que peu d’eau stockée sous forme de glace, contrairement à celui du Rhône. Voilà pourquoi leurs débits ont fortement diminué cet été. Garder l’eau qui s’échappe des Alpes pour l’entreposer dans un réseau de réservoirs et de bassins d’altitude? Voilà l’idée singulière que vient de lancer un groupe politique à Berne. Sans compter l’opposition des populations locales qui préfèrent voir des prairies irriguées nourrir leur bétail, s’ajoutant aux cris d’orfraie des pays en aval. En fait, il s’agirait de procéder comme auparavant: laisser nos bassins d’accumulation faire le plein au cours de trois saisons, soit naturellement, soit par pompage – avec du photovoltaïque estival en excès, par exemple – et ne turbiner qu’au cours de l’hiver, lorsque la demande indigène est forte.
Cette eau qui alimente fleuves et rivières sert également à renflouer nos nappes phréatiques. Vouloir partout bétonner ne peut que limiter l’infiltration naturelle nécessaire à leur régénération.
Enfin, l’eau de nos cours d’eau sert aussi à refroidir nos centrales nucléaires. Lorsque les débits diminuent, les centrales doivent progressivement restreindre leur consommation d’eau et donc diminuer leur production électrique. Là encore, multiplier le nombre de réacteurs ne servira à rien. C’est d’abord une question de temps: une centrale ne se construit pas en un claquement de doigts, même une fois toutes les oppositions levées. Sans parler de leur alimentation en combustible dépendante de l’étranger, ni de l’élimination des déchets toujours pas résolue. La multiplication des centrales ne peut qu’augmenter les risques lors de leur fonctionnement; quoi qu’en dise le lobby pronucléaire, c’est un fait statistique.
Pour en venir au Rhône, qui semble cet été être le seul à tirer son épingle du jeu, il vaut la peine de rappeler qu’un accord franco-suisse a récemment été signé. Nous devons impérativement garantir à la France un débit d’eau suffisant pour l’irrigation de ses cultures en aval de Genève, pour son tourisme, pour la navigation sur cette importante artère et – ironie du sort! – pour le refroidissement de ses centrales nucléaires tout au long du fleuve. Malheureusement, les perspectives s’assombrissent aussi de ce côté: notre capital glaciaire fond à vue d’œil, menaçant l’alimentation du Léman.
Ouvrir un peu plus les vannes à Genève pour respecter un accord, pourquoi pas, mais cela va abaisser le niveau du lac, au risque de mettre en danger les installations riveraines et la navigation… Fort heureusement, nous partageons les rives du Léman avec nos amis français, et eux aussi vont être affectés… Le problème n’est donc pas si simple. D’autant que si nous ne nous montrons pas assez coopératifs pour l’eau, cela pourrait inciter la France à réduire ses exportations d’électricité d’origine… nucléaire lors de la prochaine saison hivernale, au moment où nous en avons le plus besoin!
La conclusion est évidente: il faut renforcer notre autonomie en énergies renouvelables, via le photovoltaïque et la géothermie. Et, surtout, apprendre à économiser à la fois l’énergie et l’eau.