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Les F-35, ou comment s’en débarrasser

L’IMPOLIGRAPHE

Ce vendredi, dans votre quotidien préféré, vous devriez trouver (si vous êtes encore de celles et ceux qui le lisent sur papier) une feuille de signature encartée, pour une initiative «Non aux F-35», lancée le 28 avril dernier par l’Association citoyenne contre les F-35. Le texte1>«La Constitution est modifiée comme suit:
Art. 197, ch. 17. Disposition transitoire ad. art.60 (Organisation, instruction et équipement de l’armée)
1) La Confédération n’achète pas d’avions de combat de type F-35.
2) Le budget de l’armée est adapté en conséquence.
3) La présente disposition cesse de produire effet le 1er janvier 2040.»
reprend celui de l’initiative lancée en 2021 par l’Alliance Stop F-35 (formée du GSsA, du PS et des Verts), déposée en 2022, puis malencontreusement retirée lors de la signature des contrats d’achat. Pourtant, de lourds doutes planaient déjà sur la régularité du processus qui avait abouti au choix du F-35 américain comme nouvel avion de combat de notre glorieuse armée.

Des doutes encore alourdis depuis par ceux portant sur la fiabilité du joujou, l’augmentation de son prix d’achat et son coût d’utilisation. Rien de tout cela n’a ébranlé la volonté (et la cécité) des défenseurs de cet avion, prêts à tout pour que la Suisse s’en dote, à n’importe quel prix – les commissions des deux chambres du parlement fédéral ont validé un crédit supplémentaire de 394 millions pour cet achat. Quand on aime, on ne compte pas.

Mais de mauvais coucheurs (l’Association citoyenne qui lance la nouvelle initiative) n’aiment pas. Ils et elles relancent donc, seul·es, un texte exprimant leur opposition à un achat dont dire qu’il est contestable relève de euphémisme. Ni le GSsA, ni le PS, ni les Verts ne soutiennent l’initiative au stade de la récolte de signatures? Il faudra donc s’en passer – sans se passer pour autant de leurs membres ni de leurs sympathisant·es. Et la faire aboutir sans eux – si elle aboutit, il faudra bien qu’ils s’y rallient, à moins de se déjuger; hypothèse politiquement si navrante qu’on se gardera d’y accorder foi.

Il y a bientôt six ans, Le 27 septembre 2020, à une majorité de 8000 voix (0,2% des votant·es), le bon et naïf peuple avait approuvé l’acquisition, pour six milliards au maximum, de nouveaux avions de combat, au motif – ou au prétexte – de «renouveler les moyens de protection de l’espace aérien». Protéger l’espace aérien en achetant un bombardier furtif, utilisé pour bombarder Gaza ou l’Iran, c’est déjà curieux quand on pensait que l’armée cherchait un avion voué à la police du ciel. On a, avouons-le, un peu de peine à y voir une manifestation de la haute compétence stratégique de nos brillants stratèges et de nos mirifiques ministres, plutôt qu’un témoignage de la grande influence des lobbyistes de l’industrie américaine de l’armement.

C’est le Conseil fédéral qui a choisi d’acheter des F-35 américains plutôt que des avions européens. Et le Conseil fédéral, quand même, c’est notre gouvernement, élu par notre parlement, élu par le peuple. Il doit savoir ce qu’il fait, notre gouvernement. Enfin… il devrait. Si le choix qu’il a ratifié avait été fait en toute connaissance de cause, au terme d’une procédure honnête, transparente… Or la majorité du gouvernement a été tenue à l’écart de cette procédure – il valait mieux, pour les partisans de l’avion américain, qu’on ne sache pas qu’au lieu de définir des critères à partir desquels on choisirait l’avion le plus adapté à la Suisse, ces critères étaient définis dans le but de correspondre à l’avion déjà choisi et servant à tout autre chose: le F-35.

Bref, ce que l’initiative «Non aux F-35» vous propose de clamer haut et fort par votre simple signature, c’est le refus de l’achat des avions de combat étasuniens que, depuis des années, en usant de tous les moyens (même légaux), le lobby militaire suisse – le Département de la défense, ses deux ministres successifs Viola Amherd et Martin Pfister, Armasuisse, les sociétés militaires et les porteurs politiques des valises de tout ce petit monde – a réussi à imposer à celles et ceux qui n’en voulaient pas, comme à celles et ceux qui voulaient un autre avion. L’initiative, pas plus que son comité de soutien, n’émane d’aucun parti politique. Mais elle attend tout de même un minimum de cohérence de ceux qui se sont prononcés, régulièrement, hautement, éloquemment, contre l’achat des F-35. Tel est le cas du Parti socialiste et des Verts. Au fond, en soutenant l’initiative populaire «Non aux F-35», ils ne feraient que réaffirmer leur choix. A plus forte raison, le refus de la soutenir ne serait que la manifestation d’une résignation à un achat qu’ils affirmaient pourtant refuser.

Notes[+]

* Vice-récurateur autoproclamé du Collège de patapolitique et Grand Dugong de l’Oupopo.

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