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La Suisse a une responsabilité

Carol Scheller-Doyle commente une récente dépêche de l’ATS.
Armée israélienne

Un article du Courrier du 2 juillet parle d’une résolution votée par le Parlement jurassien qui demande au Conseil fédéral de réagir fermement aux mauvais traitements subis par des militants suisses dans la dernière flottille pour Gaza (ils étaient 8). La France et l’Irlande ont notamment nommé le ministre israélien de la sécurité Itamar Ben Gvir persona non grata suite aux images des traitements abusifs des militants publiés dans une vidéo qu’il a largement diffusée. La flottille, à but humanitaire, devait par sa non-violence même attirer l’attention du monde sur la situation actuelle à Gaza qui ne cesse d’empirer loin des médias. Pour son comportement indécent et violent qui figure dans la vidéo, M. Ben Gvir a reçu d’importantes critiques de la part de ses collègues, y compris le premier ministre Benjamin Netanyahu. La France, l’Italie et l’Espagne ont exigé des excuses. La Suisse a simplement rappelé l’importance du respect des droits fondamentaux.

Au désespoir de beaucoup de ses citoyens, la Suisse officielle reste l’âme même de la modération devant ce qu’une membre du Parlement jurassien a qualifié de «conflit politico-religieux». Or, la regrettée Initiative de Genève en 2003 a clairement fait la démonstration que ce conflit est avant tout territorial. Il y a une seule terre, une seule eau, un seul pétrole, une seule écologie qu’il va falloir inéluctablement partager. La Suisse, en tant que siège des Conventions de Genève, a une responsabilité pour proposer des lignes d’action diplomatiques et commerciales afin d’avancer des solutions.

Ce qui est passé et surtout continue de passer sous le radar en Palestine est monstrueux. Prenons un exemple où on pourrait souhaiter que le Conseil fédéral se prononce. Selon un article du quotidien israélien Haaretz du 4 juillet, le Dr Hussam Abou Safiya, un médecin de Gaza, arrêté dans l’hôpital qu’il a refusé d’abandonner, est en train de mourir dans les prisons en Israël. Le ministre suisse des affaires étrangères Ignazio Cassis est lui-même médecin, mais il ne dit rien.

La membre du Parlement jurassien qui ne veut pas que le «conflit politico-religieux soit importé dans le Jura» pourrait réfléchir aux compromis pénibles et historiques qui ont accompagné la naissance de son canton. Ne pourrait-elle pas envisager que la Suisse, elle, exporte un peu de son savoir vivre, son art de la coexistence? Par bonheur, la résolution a passé.

Carol Scheller-Doyle,
Chêne-Bougeries (GE)