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La musique, pour mieux vivre ensemble

Lucile Guirimand, Anouck Alarcon et Jessy Ragey du groupe Clume. DR
Musique

C’est un moment hors du temps, et tout à la fois bien réel. Comme suspendu au-dessus du tumulte anxiogène de l’époque. Au moment où nos réseaux crépitaient des échos, tous plus ubuesques et consternants, des célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis – que Trump et sa cour ont voulu comme une exaltation du suprémacisme et de la bigoterie –, nous étions témoin des réjouissances musicales du festival du Chant des Trognes, qui vivait sa première édition dans la campagne genevoise (Le Courrier du mercredi 1er juillet).

Un week-end consacré aux polyphonies populaires, d’Occitanie ou des Alpes du Sud. Et même au yodel, ce folklore helvétique que la droite conservatrice s’empresse de récupérer pour l’ériger en emblème de la Suisse éternelle face aux influences étrangères. Rien de tel au Chant des Trognes, bien au contraire. Ici, un public mêlant les générations communie dans une ambiance douce et bienveillante autour de la remise en valeur de traditions populaires, issues des champs et des ateliers. On est frappé par cette résurgence forte, ces rondes qui se forment spontanément aux premières notes du trio féminin français Clume. Lequel, tout à sa joie de partager dans cette belle grange de la Touvière ses airs et ses rythmes, frappés des mains ou au tambour, glisse au passage un message de fraternité/sororité et d’antifascisme. Rien d’appuyé, une simple évidence. Elle a le mérite d’être prononcée, à l’heure où la culture se redécouvre politique (de la Fête de la musique investie à Paris par LFI, au Festival d’Avignon qui reçoit ce mois de juillet plusieurs candidat·es à la présidentielle).

Un peu plus tard, c’est la scansion puissante et extatique du groupe Barrut, lui aussi français, qui chavire les corps et fait circuler ses ondes énergisantes sous les poutres de la vénérable grange à machines. L’une des vocalistes dédie un morceau aux femmes victimes de violences. Ces polyphonies virtuoses, qui ravivent un parler occitan longtemps proscrit, n’ont pas vocation à placer un particularisme au-dessus d’un autre, mais au contraire à déconstruire l’histoire coloniale française. En écho à l’émancipation de tous les peuples opprimés.

La fête est belle, la musique de grande qualité et les agapes confectionnées avec la production bio locale. L’élan largement bénévole et participatif. Tout cela fait du bien et rappelle que, loin des outrances patriotiques et rances qui, outre-Atlantique, défigurent le sens premier d’un anniversaire, la musique lorsqu’elle rassemble sans distinction est un formidable catalyseur social. Qui transcende les appartenances et (re)donne l’envie d’être ensemble. Bon été de festivals!