En dépit de liens historiques forts avec la France ou le Royaume-Uni, le Canada est à la fois bien considéré et mal connu en Europe. Imagine-t-on que l’Arctique canadien, plus vaste que l’Union européenne, abrite 140 000habitant·es? Que près de 4 millions de Québécois·es ne connaissent pas l’anglais, tandis que 18% des Canadien·nes se disent bilingues? Que le budget de la défense du Canada ne représente que 3% de celui des Etats-Unis? Que l’actuel premier ministre libéral, M. Mark Carney, est un ancien de la banque d’affaires Goldman Sachs, comme M. Mario Draghi? Que l’ancien champion du fédéralisme Pierre Elliott Trudeau était un nationaliste radical et pétainiste dans sa jeunesse?
Loin de s’en tenir à ces anecdotes, la dernière livraison de Manière de voir1> «Canada, le ‘meilleur pays du monde’ au scalpel», Manière de voir no 207, juin-juillet 2026, bimestriel édité par Le Monde diplomatique. commence par décortiquer le rêve canadien, en éclairant les zones d’ombre d’un passé colonial féroce et d’un extractivisme ardent. «Le vaincu a toujours meilleure mémoire que le vainqueur», écrivait René Lévesque avant de gouverner la Belle Province. Aujourd’hui, l’acquis du bilinguisme officiel reste équivoque, tandis que les autochtones se réveillent pour dénoncer les ravages d’une assimilation à tous crins. L’Alberta fait fortune en exploitant un pétrole sale, quand les compagnies minières du pays mettent en coupe réglée des Etats comme la République démocratique du Congo.
Moins violent, moins inégalitaire, moins arrogant, le Canada doit composer avec un encombrant voisin dont dépendent fortement son économie et sa défense. S’affranchissant de la frontière, les échanges s’organisent encore bien davantage selon un axe nord-sud qu’entre provinces. Le retour de M. Donald Trump oblige Ottawa à prendre autrement en main son destin, dans l’Arctique par exemple, ou sur la scène internationale, en coopérant davantage avec l’Europe et la Chine.
Le Québec n’est toujours pas un pays, mais tous ses responsables s’y prétendent nationalistes. L’émancipation des Canadien·nes français·es a permis la construction d’un Etat-providence sur un modèle nordique, aujourd’hui rogné par le libre-échange. La marche vers la souveraineté connaît bien des heurts; ils révèlent les contradictions de ses défenseurs, qui tendent à se replier sur un discours identitaire.
Si le Canada existe, c’est d’abord par la culture et l’imagination. On y chasse toujours l’orignal (élan d’Amérique) en se méfiant du carcajou (glouton). Les langues s’y affranchissent des origines et des normes, en continuant à s’inventer chaque jour. En témoigne une sélection de chansons, réunies pour raconter la riche histoire d’un «pays à connaître, d’un pays à semer, vaste et beau comme la mer ». Celui de Gilles Vigneault mais aussi de Leonard Cohen, de Samian ou des Cowboys fringants.
Notes