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La solidarité au quotidien face aux urnes

Alors que l’avenir du service civil se joue dans les urnes le 14 juin, Marco Maltini, formateur de civilistes, décrit la motivation de ces jeunes confrontés à des réalités souvent invisibilisées. Un engagement sur le terrain indispensable à notre société.
Service civil

Je suis formateur de civilistes en communication et accompagnement depuis plusieurs années. J’ai vu défiler dans ces cours obligatoires, organisés par le service civil de la Confédération, plusieurs centaines de jeunes hommes et quelques jeunes femmes qui se préparent à être affectés dans des EMS, des hôpitaux, des centres pour personnes en situation de handicap physique ou mental, des ateliers de réinsertion, des services sociaux comme l’Hospice général, des institutions d’accompagnement pour migrants, des associations à vocation écologique et environnementale et des entreprises sociales comme Caritas, Emmaüs ou le Centre social protestant.

Ce cours de base d’une semaine propose à ces jeunes d’acquérir des notions d’éthique et d’ouverture à la diversité et aux valeurs humaines, de psychologie relationnelle, de gestion et de prévention des conflits et, surtout, une posture de soutien vis-à-vis de personnes en état de fragilité. La majeure partie de ces jeunes n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer ou de côtoyer ces populations parfois invisibilisées dans notre société. On les prépare à effectuer une mission qui dure, comme chacun sait, une fois et demie le temps d’un service militaire ordinaire: la fameuse «preuve par l’acte» d’un engagement moral et concret.

Je suis chaque fois émerveillé par la motivation et l’engagement de ces civilistes qui ont l’opportunité, pendant plus d’une année, de se confronter à un environnement et à des personnes qu’ils n’avaient pour la plupart jamais eu l’opportunité de croiser. Ces jeunes proviennent de régions urbaines, suburbaines ou rurales, de milieux socio-économiques et de niveaux d’études très différents. Il y a des apprentis, des diplômés et des non diplômés, mais aussi des médecins, des avocats ou des jeunes entrepreneurs.

Dès qu’ils rejoignent leur lieu d’affectation, ils réalisent à quel point leur activité est nécessaire, voire indispensable, compte tenu des budgets parfois insuffisants de ces structures qui ne peuvent engager du personnel supplémentaire de manière durable pour pouvoir tourner. Leur contribution est donc attendue par la collectivité nationale, et ce, dans des domaines très diversifiés. Ils assurent le bon fonctionnement de pans insoupçonnés de cette communauté nationale et par là-même garantissent au pays cette notion de sécurité sur le plan organisationnel, social et aussi émotionnel. Ce dont toute nation a besoin pour assurer sa cohérence, sa durabilité et sa paix sociale.

Ces jeunes découvrent des activités porteuses de sens aussi bien pour eux, qui étaient souvent bien loin d’une réalité faite de souffrances et de désarroi, que pour leurs bénéficiaires, qui reçoivent ce soutien avec reconnaissance et gratitude. Des liens de solidarité, d’empathie et de compassion sont tissés qu’ils n’auraient jamais pu expérimenter sans cette invention précieuse qu’est le service civil.

Plusieurs pays au monde nous envient ce système qui amène de jeunes adultes à pouvoir librement faire le choix de la paix et du soutien aux plus faibles contre celui des armes, de l’obéissance aveugle et de la force comme mécanique du monde.

Alors, la prochaine fois que vous passerez devant une antenne de l’Hospice général, une boutique du CSP ou un centre d’accueil pour les sans-abris, vous serez sans doute plus attentif·ve au formidable engagement de ces jeunes qui peuvent être vos enfants ou vos petits-enfants et qui sont les fils et les filles d’une patrie qui met en œuvre au quotidien des valeurs humaines auxquelles nous sommes tous et toutes profondément attachés.

Marco Maltini  est formateur en communication et accompagnement pour le service civil.