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An 40 et rebelote?

Mémorial dédié aux travailleurs et pompiers de Tchernobyl, dans la ville de Slavoutytch, en Ukraine. KEYSTONE ARCHIVES
Tchernobyl 40 ans après

Quarante ans déjà. Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, était le siège d’une explosion nucléaire. Un nuage radioactif traversait alors l’Europe, provoquant de si de là, au gré des précipitations, des pollutions radioactives durables. Depuis, la catastrophe de Fukushima du 11 mars 2011 est venue nous rappeler les dangers récurrents de l’atome.

Dans ce genre d’accidents technologiques majeurs, le danger vient souvent de là où on ne l’attend pas. Cela rend le retour en grâce en Suisse de la filière électronucléaire d’autant plus consternant. On entend des platitudes du genre «il n’y a pas de tsunamis en Suisse» [la cause de l’accident de Fukushima]. Ce qui est d’ailleurs faux. Un raz-de-marée a traversé le Léman en 563.

Le risque zéro n’existe pas, le problème des déchets reste insoluble et la dépendance de la Suisse aux combustibles importés reste massive. Environ 45% de l’uranium utilisé dans les centrales nucléaires helvétiques vient de Russie. Selon Greenpeace, les réacteurs 1 et 2 de Beznau sont même alimentés à 100% par de l’uranium russe.

Dans cette configuration, la volonté de relancer la filière électronucléaire en Suisse constitue une erreur stratégique majeure. Le Conseil des Etats a pourtant d’ores et déjà validé cette option voulue par le très nucléocrate Albert Rösti. Mardi, la commission de l’énergie du Conseil national a suivi la chambre des cantons sur cette voie périlleuse qui nous conduira dans l’impasse. Cette option ne peut pas constituer une réponse au défi climatique. Le temps de mise en œuvre d’une centrale est long – en France, la construction de la centrale de Flamanville s’est étalée sur dix-sept ans – et ne permet donc pas de répondre aux objectifs climatiques de l’accord de Paris.

Et, surtout, on ne peut pas tout faire. Les milliards qui seront dépensés pour un futur réacteur suisse manqueront pour d’autres investissements énergétiques. Plus durables, ceux-là, comme le solaire, l’éolien, la géothermie ou le plus grand gisement potentiel, les économies d’énergie. Cette obstination du monde politique à refuser le tournant énergétique va à rebours du bon sens et des intérêts sociaux et économiques de la population. Elle est sans doute liée au poids du lobby nucléaire aux chambres. Le National va maintenant être saisi en plénière de la proposition d’Albert Rösti. Il a encore une chance de stopper cette course en avant.

A défaut, les Vert·es ont d’ores et déjà annoncé leur volonté d’aller au référendum. Les derniers votes populaires sur cette question peuvent inciter à un optimisme raisonnable quant à la lucidité des Suissesses et des Suisses si tel devait être le cas.

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