Dans un monde à feu et à sang, certains gardent le sourire. C’est le cas des entreprises du complexe militaro-industriel et de leurs actionnaires. En 2024, les ventes d’armes ont atteint la coquette somme de 2718 milliards de dollars. Chiffres d’affaires et profits s’envolent.
En Suisse, l’industrie de l’armement veut participer à la fête. «Il est impératif d’adopter la révision de la loi sur le matériel de guerre. Cela permettrait d’approuver de nouvelles demandes des Etats-Unis, même en cas de guerre»1> NZZ, 26 mars 2027., presse ainsi Stefan Brupbacher, le directeur de Swissmem – la puissante faîtière de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux, qui regroupe aussi certains des principaux marchands d’armes du pays.
Pour ces sociétés, la révision de la loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG), approuvée par le parlement en décembre dernier, revêt une importance stratégique: elle fait voler en éclats les garde-fous posés aux exportations d’armes helvétiques en 2021, sous la pression de la société civile. Des équipements militaires helvétiques pourraient ainsi être vendus aux Etats-Unis de Donald Trump, y compris lorsqu’ils mènent une guerre au mépris du droit international, comme en Iran. Des armes suisses pourraient même se retrouver à Gaza ou au Soudan.
La révision de la LFMG porte, du début à la fin, l’empreinte de l’industrie de l’armement. Selon plusieurs sources, elle aurait même été dictée par le directeur de Swissmem, Stefan Brupbacher – une affirmation contestée par ce dernier. Dans tous les cas, la genèse comme la teneur de ce texte illustrent l’influence de ce lobby à Berne. Il y cultive des liens privilégiés avec le bloc bourgeois, notamment via ses élu·es membres du Cercle de travail sécurité et économie et de l’Alliance sécurité Suisse, surreprésenté·es au sein des Commissions de politique de sécurité des deux Chambres.
A l’heure où Donald Trump menace «d’anéantir une civilisation» en Iran, tout en continuant à équiper l’armée génocidaire d’Israël, la lutte contre la guerre et pour le respect du droit international revêt une importance existentielle. La Suisse, Etat hôte des Conventions de Genève, devrait en être un des fers de lance. A Berne, une alliance entre élu·es bourgeois·es et industriels est pourtant en train d’imposer l’exact opposé: une cynique collaboration économico-militaire avec des Etats voyous, sous la botte de régimes fascisants.
Heureusement, le référendum contre la révision de la LFGM a fait le plein de signatures, qui seront déposées le 17 avril prochain. Nous aurons l’occasion de renvoyer cette politique mortifère à son expéditeur.
Notes