Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Menaces sur les libertés

L'actualité au prisme de la philosophie

L’objectif de notre chronique est de mettre en lumière une réalité inquiétante: la conjonction de menaces qui pèsent actuellement sur les libertés.

Atteintes à l’espace civique

Les organismes de défense des droits humains comme l’ONU ou, en France, la Commission nationale consultative des droits humains (CNCDH) alertent sur les atteintes portées à l’espace civique. Selon l’ONU, cet espace «permet aux individus et aux groupes de contribuer à l’élaboration de politiques qui affectent leur vie, notamment en: accédant aux informations; instaurant un dialogue; exprimant leur désaccord; s’unissant pour exprimer leur point de vue». Plus largement, l’espace civique comprend les associations, les ONG, les syndicats ou tout autre collectif permettant aux citoyens et aux citoyennes d’exercer un rôle de contre-pouvoir. Cela signifie qu’une démocratie ne se caractérise pas uniquement par les élections ou le référendum, mais aussi par la possibilité pour les citoyen·nes d’agir de manière organisée: c’est ce que l’on appelle la société civile organisée.

Or l’ONU et la CNCDH constatent de plus en plus d’entraves à cet espace. L’ONU précise d’ailleurs: «Aujourd’hui, cet espace civique est mis à l’épreuve. Les lois répressives se répandent, et avec elles les restrictions croissantes sur les libertés d’expression, de participation, de réunion et d’association.» Ces atteintes aux libertés publiques ne touchent pas que l’espace civique. En France, il s’étend à l’ensemble des contre-pouvoirs.

Atteintes aux libertés associatives et de la presse

Créé en 2018, l’Observatoire français des libertés associatives documente les entraves aux libertés associatives provenant de l’Etat ou des collectivités territoriales. On note, par exemple, la tendance des élu·es à exiger des associations une neutralité politique non prévue par la loi de 1901 sur les associations1> Voir le rapport «Neutraliser le monde associatif», février 2026 (pdf) sur le site libertesassociatives.org.

Mais les associations ne sont pas seules à subir des pressions croissantes. L’Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse, créé en 2023, recense les obstacles rencontrés par les journalistes dans leur mission d’information. Comme d’autres sources, cet organisme s’inquiète de la concentration des médias aux mains de quelques milliardaires, un état de fait également objectivé par les travaux de l’économiste Julia Cagé.

Outre les associations et la presse, la justice subit elle aussi des attaques. La juriste Magali Lafourcade l’analyse dans son ouvrage La justice en procès (Les petits matins, 2026), où elle revient sur les critiques visant les juges qui osent condamner des personnalités politiques pour des affaires de détournement de fonds. Son analyse pointe, plus profondément, une menace contre l’Etat de droit.

Les atteintes aux libertés de la recherche scientifique

Depuis 2023, plusieurs organisations se sont créées en France pour alerter sur les atteintes aux libertés académiques (libertés d’enseigner, de chercher et de diffuser accordées aux chercheur·euses et aux enseignant·es du supérieur).

On compte notamment l’Observatoire des atteintes contre les libertés académiques – créé sous l’impulsion des sociologues et des politistes –, l’Association pour la liberté académique – orientée plus largement vers l’ensemble des attaques visant l’Enseignement supérieur et la recherche – et la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques, qui entend établir un lien entre les menaces pesant sur les enseignants-chercheurs du supérieurs et celles touchant les enseignants du secondaire et du primaire.

Un contexte international

Ce constat français, qui est celui que nous connaissons le mieux, s’inscrit dans une tendance mondiale, mise en avant par les organisations de défense des droits humains de divers pays. Comme on peut le constater, les menaces visent de manière générale ce qui constitue traditionnellement les contre-pouvoirs face au pouvoir politique: la société civile organisée, la presse, la justice et les universités.

Alors que le terme de «régimes autoritaires» est parfois employé, on peut se demander en quoi les démocraties libérales tendent aujourd’hui vers plus d’autoritarisme. Il est possible de noter deux points: d’une part, les atteintes portées aux contre-pouvoirs et, d’autre part, le non-respect des libertés civiles garanties par les droits humains, telles que les libertés d’expression et de réunion.

Notes[+]

Irène Pereira est sociologue et philosophe, cofondatrice de l’IRESMO, Paris.

Chronique liée