Manque de visibilité, de sponsors, d’adhérents… Le monde suisse du sport s’inquiète d’un potentiel oui le 8 mars prochain à l’initiative «200 francs, ça suffit!» Le texte veut abaisser à 200 francs le montant annuel de la redevance radio-TV, contre 335 francs aujourd’hui.
De nombreuses organisations et fédérations sportives du pays se sont rassemblées, sous le slogan «SSR divisée, sport sacrifié», au sein d’un même comité opposé à l’initiative. Lors du lancement de leur campagne au mois de décembre, elles ont relevé que «la SSR retransmet chaque année environ 9000 heures de sport en direct à la télévision, à la radio et en livestream». Si cette visibilité diminue fortement, leur principale crainte concerne d’éventuelles pertes de sponsors.
Un marché national
Les fédérations de sports peu retransmis à la télévision sont particulièrement inquiètes. C’est le cas notamment de la Fédération suisse de gymnastique (FSG). Son président, Fabio Corti, indiquait en décembre que la SSR était le seul média à garantir une couverture équitable et continue de la gymnastique dans toutes les régions du pays. «Le financement et le sponsoring sont essentiels pour la FSG», nous confie Fabio Corti. «Les grands événements, nous pouvons les organiser grâce à l’argent du sponsoring. Si nous ne sommes plus visibles, les sponsors ne vont plus nous soutenir et cela signifie que nous n’aurons plus les moyens d’investir dans le développement du sport, que ce soit au niveau élite ou au niveau amateur.»
Le président de la FSG ajoute qu’une perte de visibilité médiatique compliquerait aussi la tâche des athlètes pour trouver des sponsors individuels. «Pour un sport comme la gymnastique, les sponsors personnels sont davantage intéressés par le marché national qu’international», explique-t-il. «Quand la SSR diffuse nos événements nationaux, cela permet aux athlètes de convaincre plus facilement les sponsors régionaux et nationaux de s’investir pour eux.»
Selon Michel Desbordes, professeur de marketing du sport à l’Université de Lausanne, cette crainte des fédérations est clairement fondée. «C’est automatique. Cela fonctionne comme un cercle vertueux ou vicieux. Si un sport passe à la télévision, les sponsors paient davantage. Comme la fédération et les clubs reçoivent davantage d’argent, ils peuvent investir.» Michel Desbordes ajoute que la recherche de sponsors est déjà compliquée actuellement pour les fédérations et les clubs. «Il y a 20 ou 30 ans, on faisait un peu du sponsoring en se disant «ça va être bien, tout le monde en fait». Aujourd’hui, les entreprises veulent des résultats.»
«Si nous ne sommes plus visibles, les sponsors ne vont plus nous soutenir» Fabio Corti
L’autre inquiétude majeure des fédérations vis-à-vis de l’initiative est l’impact que peut avoir la perte de visibilité sur la relève. L’an dernier, la FSG a constaté une croissance du nombre de membres, surtout des jeunes, dans le sillage de la Fête fédérale de gymnastique organisée l’année passée à Lausanne. Son président reconnaît toutefois qu’il est difficile d’affirmer que cette augmentation est directement liée à l’événement. Il assure cependant que ce phénomène se produit souvent.
«Pas de réflexion de la SSR»
«Prenez Noe Seifert (médaillé de bronze aux championnats du monde de gymnastique artistique en 2025 et double médaillé européen, ndlr). Il nous racontait que c’était à la télévision qu’il avait vu de la gymnastique artistique pour la première fois. Cela lui avait beaucoup plus et l’avait incité à pratiquer ce sport», relève Fabio Corti.
Dans cette campagne, Pauline Blanc milite dans le camp adverse et défend la nécessité d’un abaissement de la redevance radio-TV à 200 francs. Vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux suisses, elle «entend les inquiétudes de tous les milieux» par rapport à l’initiative: «Je pense néanmoins qu’il faut vraiment prendre du recul et éviter de tomber dans les arguments de la peur, comme la SSR le fait depuis le début de cette campagne.»
Conseillère communale à Lausanne, elle explique que la population se prononcera seulement sur le montant de la redevance et que le Conseil fédéral devra établir la nouvelle concession en fonction du montant alloué. «Pour le moment, la SSR n’a aucune réflexion sur le calibrage de l’offre par rapport à la demande, sur le contenu diffusé ainsi que sur la qualité. Une redevance à 200 francs serait l’occasion pour elle de mener ces questionnements profonds, qui sont nécessaires et que les autres entreprises mènent quotidiennement», complète l’élue. ESH MÉDIAS