Qu’est-ce que l’activisme? La notion d’activisme est souvent considérée comme une francisation du terme anglais activism qui signifie tout simplement «militantisme».
Néanmoins, la notion d’activisme en français tend parfois à prendre une connotation négative. Ainsi le Larousse précise sobrement: «1. Système de conduite qui privilégie l’action directe (en particulier dans le domaine politique, social).» Le Robert fournit quant à lui la définition suivante: «Attitude politique qui favorise l’action directe, voire violente (➙ extrémisme), et la propagande active.» Ainsi, l’on voit que l’activisme peut être parfois perçu comme un mode d’action violent, voire extrémiste, et que l’on distingue entre un activisme non violent et un activisme violent. Les définitions des deux dictionnaires s’accordent toutefois sur la notion d’«action directe».
Cette notion désigne à l’origine le fait d’agir en dehors des mécanismes de la démocratie représentative (participation politique conventionnelle). Elle a été utilisée par le mouvement syndical avant la Première Guerre mondiale. A l’origine, l’action directe désigne quatre modalités d’action: la grève, le sabotage, le boycott et le label syndical. Actuellement, l’action directe peut être identifiée à la participation politique non conventionnelle. Si on se limite à ses formes non violentes, on peut citer en particulier la pétition, les rassemblements, manifestations ou flash mobs, le boycott ou encore les différentes formes de désobéissance civile non violente.
Activisme et démocratie
On peut constater que la plupart des théories classiques de la démocratie libérale n’accordent pas de place à l’activisme, si ce n’est sous la forme de proclamation d’un droit symbolique de résistance à l’oppression. Elles se sont en effet plutôt consacrées aux rapports entre les citoyen·nes et l’Etat.
Du point de vue de l’histoire des démocraties libérales et de la conquête des droits, les formes de participation non conventionnelles ont joué un rôle dans l’élargissement des droits depuis ces deux derniers siècles. C’est le cas par exemple avec le mouvement syndical pour la conquête des droits économiques et sociaux, ou le mouvement féministe pour la conquête des droits des femmes. Si l’on prend le cas des suffragettes au début du XXe siècle, elles ont eu recours à de très nombreuses modalités d’action, allant, entre autres, des manifestations à la désobéissance civile non violente, voire des formes d’activisme qui pourraient être classées juridiquement comme du vandalisme.
Activisme et droits humains
La tendance à percevoir l’activisme uniquement sous le prisme de la violence tend à faire oublier que ces pratiques, lorsqu’elles sont non violentes, s’appuient sur des droits consacrés par les textes internationaux. C’est ce que rappelle par exemple Amnesty International au travers de sa campagne mondiale pour défendre le droit de manifestation pacifique: «Manifestez-vous!» Ainsi, la section suisse de l’ONG a produit en 2023 un guide de 48 pages intitulé «Connais tes droits pour manifester»1>www.amnesty.ch/fr/themes/droit-de-manifester/guide-manif. Amnesty rappelle ainsi que «le droit de manifester découle principalement de la liberté de réunion pacifique et de la liberté d’expression, qui sont inscrites dans plusieurs textes cadres des droits humains: Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Convention européenne des droits de l’homme, Déclaration universelle des droits de l’homme et Déclaration sur les défenseurs des droits de l’homme de l’ONU». Le document ajoute que «les actes de désobéissance civile, pour autant qu’ils soient accomplis de manière non violente, relèvent du droit aux libertés de conscience, d’expression et de réunion pacifique. Les personnes y participant risquent tout de même de faire l’objet de poursuites pénales pour les violations de la loi qu’elles ont commises». Il relève également quel doit être le rôle de la police dans le cadre de manifestations: «La police a l’obligation de faciliter et de protéger le droit de manifester, tout en restant garante de la sécurité et de l’ordre public.» Et précise, conformément au droit international: «Une personne qui manifeste pacifiquement ne perd pas son droit de manifester parce que quelques participant·es commettent des actes violents.»
Ainsi, il est important de souligner que l’activisme non violent repose non seulement sur des droits humains, mais qu’il est nécessaire pour que les citoyen·nes puissent défendre leurs droits en exerçant un contre-pouvoir face aux autorités ou puissent revendiquer de nouveaux droits.
Notes