La capture chez lui du président vénézuélien Nicolas Maduro par des soldats américains a fait resurgir en Afrique le spectre des interventions militaires au cours desquelles des présidents jugés hostiles aux intérêts des puissances occidentales étaient renversés. Et suscité de nombreuses réactions. «Aujourd’hui, c’est le pétrole du Venezuela; demain le gaz, l’or, l’uranium ou le lithium africains pourraient devenir des casus belli», lit-on ainsi dans les colonnes du quotidien burkinabè Le Pays, qui estime qu’«en reconnaissant que le kidnapping de Maduro visait l’accès au pétrole vénézuélien, Donald Trump a levé toute ambiguïté». Selon ce journal, il s’agit-là d’«un aveu glaçant pour les pays du Sud qui savent désormais que tout peut être instrumentalisé pour criminaliser leurs dirigeants et servir de prélude à des intrusions musclées dans leurs affaires intérieures».
Un scénario identique pourrait-il se dérouler dans un pays africain au sous-sol particulièrement riche en matières premières et minerais stratégiques? Les pays africains, dont les forces armées sont le plus souvent fragiles, auraient-ils les moyens de résister à une telle opération, qui foule au pied souveraineté et droit international? «Après Nicolas Maduro, à qui le tour?» résume L’Observateur Paalga à Ouagadougou. Tandis que le média online Maliweb à Bamako qualifie de «vérité glaçante rappelée à tout le Sud global que si vous n’avez pas l’arme nucléaire pour sanctuariser votre palais, vous n’êtes qu’un locataire précaire de votre propre pays».
Cette référence à l’arme nucléaire est également évoquée par l’influenceuse Nathalie Yamb, connue pour ses prises de position anti-occidentales, très suivie sur les réseaux sociaux. «Si tu n’as pas l’arme nucléaire pour dissuader l’adversaire, ton pétrole, ton gaz, ton coltan, ton lithium, ton uranium, ton bois, toutes ces ressources dont les Occidentaux ont besoin ne t’appartiennent pas», écrit-elle sur sa page Facebook, avant d’ajouter: «C’est seulement les forts et les fous qui vont survivre sur cette planète, soyons prêts.»
C’est cependant au Nigeria, victime en décembre 2025 de bombardements sur l’Etat de Sokoto, menés dans le cadre de la lutte contre Boko Haram, que les craintes sont les plus vives de voir Washington agir à nouveau unilatéralement sur leur territoire et faire main basse sur leur pétrole. Parmi les Etats africains à avoir officiellement condamné ce coup de force, l’Afrique du Sud est le plus ferme, évoque une violation manifeste de la Charte de l’ONU, rappelle «que l’histoire a démontré à maintes reprises que les invasions militaires contre des Etats ne produisent que de l’instabilité et l’aggravation des crises». Le Ghana voit dans l’annonce de Donald Trump de diriger le Venezuela et d’exploiter son pétrole «des ambitions coloniales qui n’ont pas leur place dans l’ère post-Seconde Guerre mondiale».
Idéologiquement, après Moscou, Caracas était l’une des capitales préférées de l’Alliance des Etats du Sahel, l’AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, soudés par leur leur «lutte contre l’impérialisme». La Namibie a pour sa part réaffirmé «sa solidarité avec le Venezuela», fondée sur «une histoire commune de lutte anticoloniale pour l’autodétermination et l’indépendance».
La plupart des pays, tout comme l’Union africaine, déjà sous pression maximale de la part des Etats-Unis, se montrent pourtant prudents, craignant un retour de bâton. «Attention», prévient toutefois Walf Quotidien à Dakar: «Si le Sud global accepte ce précédent par peur ou par calcul, alors il accepte implicitement que la force prime sur la règle, que la puissance crée le droit, que la souveraineté soit conditionnelle». Et d’ajouter: «La lutte contre les dictatures ne peut pas se faire par la destruction du droit; sinon nous remplaçons une oppression nationale par une domination globale».