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Nouvelles règles en vigueur

Léon Meynet s’inquiète de nous voir de plus en plus enfermés dans un monde connecté et virtuel.
Société

Les lignes mondiales bougent à grande vitesse depuis notre entrée dans la pandémie du covid-19 en mars 2020. Si nous avons vécu différents épisodes sanitaires contraignants, il y en a eu un, technologique celui-là, qui n’a cessé d’affirmer son emprise sur nos vies. Nous sommes entrés en fanfare dans une gestion du monde 2.0. Boosté par l’intrusion totalitaire de la 5G, les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) – mais en réalité ils sont bien plus nombreux à jouir de la situation – ont pris un ascendant absolu sur notre quotidien et nos comportements socioculturels.

La montée en puissance des nouvelles règles en vigueur sont confirmées par la généralisation du télétravail, l’explosion des cours, formations, séminaires à distance (merci Zoom!), la massification de l’ubérisation (des services en tout genre, de la livraison des colis à celle des repas à domicile), de la high technicisation des prestations médicales et du futur grand bouleversement numérique que va créer la Metavers, nouveau joujou aliénant de Mark Zuckerberg.

Plus un interstice ne sera disponible pour restaurer la poésie d’avant, les ballades à travers champs, la joyeuseté de l’inopiné, la liberté de transgresser, la fantaisie des rassemblements impromptus, l’ivresse des odeurs premières, la grâce de l’escapade sauvage, la turbulence des imprévus, l’enivrement des saveurs jouissives. Tout sera classé en mémoire artificielle, en clips YouTube, en applications aussi sophistiquées que dérisoires. Dormons tranquilles, la prothèse pense pour nous, vit pour nous, agit pour nous, quand elle ne nous dicte pas la masse d’efforts qui est bonne pour notre santé au quotidien, le divertissement qui est le plus adapté à nos humeurs, les sentiments qui sont les plus appropriés à exprimer. Tout cela dicté à la milliseconde.

Connectés en permanence, il n’est d’ores et déjà plus possible de sortir de ce cyber monde dans lequel nous sommes enfermés, en ayant contribué, innocemment ou pas, et au nom du progrès, d’avoir choisi de l’être. Avons-nous le courage, la détermination, la volonté de vouloir en sortir, ou avons-nous définitivement lâché prise?

Léon Meynet,
Chêne-Bougeries (GE)

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