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Les addictions religieuses

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Peu de gens en sont conscients, mais l’un des principaux objectifs de la science est de mettre les humains d’accord sur l’état et les propriétés du monde physique, en général, vivant et humain, en particulier. Pour cela, les différentes disciplines accumulent des données d’observation et élaborent des hypothèses. Ces dernières ne sont scientifiques que si elles sont testables et réfutables, par des expériences ou d’autres observations. On tente ensuite de regrouper celles qui ne sont pas réfutées dans des théories cohérentes. Les théories, comme les hypothèses conservées, sont incomplètes et provisoires puisqu’elles peuvent, à tout moment, être rejetées par de nouvelles observations ou expériences.

En science, il n’y a pas de place pour des croyances arbitraires définitives ou des vérités absolues, ainsi que le rappelle vigoureusement André Borowski dans un ouvrage savant1André Borowski, Considérations sur les pathologies religieuses, 2021, L’Harmattan, Paris. qui confronte les croyances religieuses et la méthode scientifique. Celle-ci est résumée par les critères «FaRSiPP» (acronyme de: Falsifiabilité, Répétabilité, Simplicité, Probabilité, Prédictabilité), bases de l’épistémologie scientifique à laquelle l’auteur soumet les croyances religieuses. Celles-ci font piètre figure face au «rasoir d’Occam»2 Le «rasoir d’Occam» prescrit, entre deux hypothèses ou théories, de retenir la plus simple. et autres armes de la pensée rationnelle et de sa philosophie. Il souligne ainsi l’irréductible incompatibilité entre pensée scientifique et croyances religieuses, que tant de bons esprits, religieux et scientifiques, ont masquée depuis des millénaires.

Pour entretenir les croyances, les religions ont fait main basse sur l’éducation, contrôlant longtemps, en particulier, les formations scientifiques et techniques susceptibles de remettre leurs «vérités» en cause. Tandis que les scientifiques, persécuté·es par les Inquisitions et autres fanatismes passés ou actuels, s’abstiennent en général de les remettre publiquement en cause. Ou bien pratiquent, comme autrefois Buffon ou Lamarck, un double langage ménageant la chèvre religieuse et le chou scientifique.

L’emprise religieuse, ou parfois politique, sur les sociétés a été et continue à être un frein considérable à l’avancement et surtout à la diffusion des savoirs scientifiques, même les plus élémentaires ou les moins contestables, comme la forme de la Terre, sa rotation autour du Soleil ou la transformation des espèces. Reste à comprendre comment les «contes de fées» religieux, proclamés vérités historiques malgré leur incompatibilité avec ce que l’on sait des états passés et actuel du monde, peuvent convaincre la majorité de bien des populations, y compris dans des pays à la pointe des sciences. Pour André Borowski, c’est une affaire de pathologies mentales, contre lesquelles il conviendrait de lutter énergiquement au niveau politique.

Quelque part, il rejoint là de vieux projets libertaires et communistes, pourtant fort éloignés de ce qui apparaît de son profil politique et de sa complaisance vis-à-vis de l’impérialisme scientifique anglo-saxon! Parmi les pistes d’action qu’il propose, on retiendra celle qui consiste à combattre les croyances religieuses comme l’alcoolisme ou le tabagisme, en un mot comme les addictions et les conditionnements qu’elles sont. Ce qui supposerait qu’une «avant-garde» éclairée de la science dispose du pouvoir de les faire traiter à l’échelle mondiale… Entre les Etats-Unis bigots et les talibans, Poutine et la Corée du Nord, la Chine et le Brésil, le projet semble mal parti, que les pays soient totalitaires ou soumis à des majorités religieuses!

Félicitons-nous, en tout cas, de vivre en Europe occidentale où l’on peut, avec un risque encore minime, vivre et penser selon les règles de l’épistémologie scientifique rationaliste… et même trouver de rares éditeurs et médias courageux pour le faire savoir! Au- delà et à l’avenir, FaRSiPP et le rasoir d’Occam paraissent des armes bien faibles contre les bombes et les fusils d’assaut qui remplacent les sabres et les goupillons intégristes d’autrefois…

Notes   [ + ]

1. André Borowski, Considérations sur les pathologies religieuses, 2021, L’Harmattan, Paris.
2. Le «rasoir d’Occam» prescrit, entre deux hypothèses ou théories, de retenir la plus simple.

* Chroniqueur énervant.

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lundi 8 janvier 2018

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