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Retour aux conditions préalables pour les sans-abri

Les structures d’accueil bas seuil qui étaient à Beaulieu sont de retour à leur emplacement habituel.
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Retour aux conditions préalables pour les sans-abri
La présence de trois structures bas seuil à Beaulieu avait son lot d’avantages, mais comportait aussi un certain nombre de défis. KEYSTONE
Lausanne 

L’arrivée du vaccinodrome à Beaulieu a anticipé le départ de certaines structures bas seuil qui avaient été accueillies dans les halles durant l’hiver. Explications.

A fin janvier, au moment où la situation sanitaire se détériorait de nouveau, l’Espace (lieu d’accueil de jour géré par la Ville de Lausanne), Le Répit (structure d’accueil de nuit en période hivernale de la Fondation Mère Sofia) et la Soupe populaire (distribution de nourriture chaque soir par Mère Sofia) ont été déplacés dans les halles nord de Beaulieu. Trois structures bas seuil regroupées au même endroit avec une capacité d’accueil plus grande que d’habitude. Elles pouvaient a priori rester jusqu’au 30 avril. Or, l’Espace et la Soupe populaire ont quitté les lieux plus tôt que prévu.

Ces structures ont-elles été chassées? «Non, ce n’est pas le cas», répond Véronique Eichenberger, directrice ajointe de la Fondation Mère Sofia. «Nous avons préféré quitter les lieux un peu avant le délai prévu car la cohabitation de ces structures avec le vaccinodrome promettait d’être problématique. Nous avons tenté de mettre en place des mesures d’accompagnement permettant une coexistence des structures mais nous avons dû renoncer face à la complexité de la tâche», ajoute-t-elle.

Eviter les complications

Même son de cloche du côté de la Ville de Lausanne au sujet de l’Espace. «La décision de quitter la Halle 13 de Beaulieu le 18 avril a été prise dans la perspective d’éviter des complications en lien avec la gestion des abords extérieurs, des flux et des files d’attente conjointes entre les prestations d’accueil et la vaccination», explique le municipal chargé du Social, Oscar Tosato. Dans tous les cas, les prestations offertes sur le site de Beaulieu auraient pris fin le 30 avril. «Il s’agissait d’une mesure temporaire, en lien avec l’évolution de la situation sanitaire. Dès la décision fédérale permettant l’ouverture de tous les commerces et ensuite des terrasses de restaurants, le retour au dispositif habituel pouvait lui aussi se remettre en place», ajoute le socialiste.

«Nous avons dû renoncer face à la complexité de la tâche» Véronique Eichenberger

La proximité immédiate de ces trois structures avait son lot d’avantages. Comme la possibilité pour les usagers et usagères de bénéficier des prestations de l’une ou l’autre des structures sans se déplacer à Lausanne ni attendre chaque fois leur tour. Le site de Beaulieu était en plus un lieu suffisamment centré et grand pour pouvoir accueillir toute la journée, 7 jours sur 7, toutes les personnes qui le souhaitaient. En moyenne, 130 personnes par jour ont pu fréquenter l’Espace à Beaulieu contre 70 lorsque la structure se trouve dans son lieu habituel à la rue de Genève 52. La Soupe populaire a aussi pu bénéficier d’un toit puisque ces derniers mois elle se trouvait en extérieur. «Retrouver un toit a été une grande nouvelle pour la Soupe et les personnes qui la fréquentent», soutient Véronique Eichenberger.

Contraintes sanitaires

Mais être à Beaulieu n’avait pas que des avantages. «Cela a aussi comporté des défis, comme la gestion d’une forte concentration de personnes regroupées dans un même lieu, ce qui conduit à une gestion conséquente du littering par exemple. Aussi, il est plus difficile de faire respecter des mesures sanitaires en lien avec le Covid-19 lorsqu’il y a beaucoup de monde. Sans compter qu’il y a moins de contacts et d’échanges personnalisés avec les usagers et usagères», explique Oscar Tosato. «Les contraintes sanitaires et l’immensité du lieu nous ont obligés à adapter nos protocoles et ont complexifié le travail des intervenant·es», ajoute Véronique Eichenberger.

Les sites d’hébergement nocturnes de l’Etape et d’Isabelle-de-Montolieu, ouverts en hiver et gérés par le Service social de Lausanne, sont toujours actifs à leurs adresses habituelles et leur ouverture a été prolongée d’un mois supplémentaire. Sur le site de Beaulieu, Le Répit, installé depuis décembre 2020, a pu rester ouvert jusqu’au 30 avril. «Le Répit était devenu comme un petit village intérieur. Nous avons dû le subdiviser en trois zones dotées chacune de plusieurs ‘chambres’ pour dormir, de douches et W.-C. ainsi que d’un bar de service. La hauteur sous plafond nous assurait un volume d’air suffisant pour garantir une sécurité sur le plan sanitaire. Un ‘vrai palais’ même si les lits étaient encore des transats», poursuit la directrice adjointe. Le mandat du Répit se termine pour cette année. La Fondation Mère Sofia ne lâchera toutefois pas l’affaire et projette de l’ouvrir de nouveau à la fin de cette année, probablement dans un nouveau lieu.

Dans un mois, le projet du bâtiment social de Saint-Martin 10-18 devrait être inauguré. L’immeuble réunira sous un même toit l’Espace, la Soupe populaire, des logements sociaux ainsi qu’un hébergement d’urgence.

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