Édito

Pour une langue qui inclut

Pour une langue qui inclut
Le Courrier questionne les inégalités et notamment celles qui touchent les femmes. En première ligne des débats politiques actuelles, la question des retraites. KEYSTONE
Égalité

Au Moyen-Age, les autrices côtoyaient les métayères, les prophétesses des prud’femmes. Aujourd’hui, ces mêmes termes écorchent certaines oreilles. Comme le fait régulièrement l’écriture épicène. C’est pourtant cette démarche que Le Courrier a décidé d’entreprendre. Pour la lancer, quelle meilleure date que le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, à laquelle nous consacrons cette édition du week-end?

Car la langue n’est pas neutre: elle reflète la réalité d’une société et en charrie les normes. Or, le français s’est masculinisé au cours des siècles, balayant les noms de métiers féminins, imposant le masculin générique. Ce faisant, les femmes ont été progressivement invisibilisées. Or ce qui n’est pas nommé n’existe pas. Ou si mal. Les inégalités actuelles ont aussi à voir avec cet effacement. Et le langage épicène est un formidable outil pour rendre notre langue à tous et à toutes.

LE COURRIER DEVIENT ÉPICÈNE

Comment? En apprivoisant les outils du langage inclusif. Lecteurs et lectrices, nous demandons votre indulgence:
la démarche, qui vise la lisibilité, sera progressive. Pour l’heure, seules nos productions «maison» sont concernées.

Cette démarche s’inscrit dans une continuité: depuis longtemps déjà, Le Courrier questionne les inégalités et notamment celles qui touchent les femmes. En première ligne des débats politiques actuels, la question des retraites: aujourd’hui encore, dans un pays riche comme la Suisse, des retraités et surtout des retraitées doivent d’emblée recourir aux prestations complémentaires, après des vies de labeur mal payé ou bénévole. Que l’on songe aux tâches du care que fournissent majoritairement les femmes. Nous y consacrons notre dossier.

Convaincu·es de la nécessité de dé-masculiniser le français, comment allons-nous nous y prendre? En tâtonnant, d’abord. Apprivoiser les outils du langage épicène tout en conservant une exigence de lisibilité et de fluidité ne peut se faire que progressivement. Nous apprendrons à panacher ces outils pour les alléger. A repérer les biais qu’ils peuvent induire, à faire preuve de créativité. Notre pratique n’aura pas la systématique d’un texte administratif, ni son épaisseur. Mais elle pourra bousculer des habitudes de lecture, voire agacer. Nous assumons quelques menues ruades grammaticales pour secouer cette langue qui contraint la représentation des femmes mais aussi des personnes LGBTIQ. Heureusement, les habitudes changent, nos esthétiques aussi. La langue est ce que nous en faisons. Elle peut exclure, elle peut inclure. Nous choisissons la deuxième option.

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