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La justice climatique ne peut passer que par la justice sociale

L’urgence climatique exige un «new green and social deal» entre le canton et les communes, selon le conseiller municipal Ville de Genève Omar Azzabi.
Genève

L’urgence climatique, décrétée tant par l’Etat que la Ville de Genève en 2019, nous somme de réagir au plus vite, sur le plan social également. En effet, nous avons pris connaissance des à la mi-janvier les premiers résultats d’une étude du Centre d’analyse territoriale des inégalités (CATI-GE).1Cf. Tribune de Genève du 16 janvier 2020. Le rapport CATI-GE peut être téléchargé sous bit.ly/2RSqHb1. L’Etat compte s’appuyer dessus pour mettre en place une politique de «cohésion sociale en milieu urbain».

En résumé, ce centre universitaire, qui avait mené des études similaires en 2009 et 2014, examine six indicateurs pour cartographier et catégoriser la pauvreté dans le canton, quartier par quartier (cf. sous-secteur) et commune par commune. Si le rapport dénote une stabilité des inégalités dans le canton, de nouveaux quartiers apparaissent dans les poches prioritaires de précarité. Si le conseiller d’Etat en charge de la Cohésion sociale déclare vouloir occuper un rôle d’incubateur de solutions dont les communes resteraient maîtresses d’ouvrage, il convient de lui rappeler qu’un engagement écologique et social est demandé par les municipalités depuis de nombreuses années sans que le canton n’y ait répondu par une vraie main tendue.

Le dernier exemple en date de précarité en Ville de Genève est la crise du «sans-abrisme» de ce début d’année où le Collectif d’associations pour l’action sociale (CAPAS) menaçait de fermer quatre des six «sleep-in», [hébergements d’urgence de nuit]. La prise en charge de l’urgence sociale à Genève revient à l’unique Ville de Genève depuis près de vingt ans. La Ville dépense 13 millions de francs pour l’urgence sociale, entre les prestations de jour et de nuit fournies par son Service social et l’ensemble des subventions aux associations actives dans le domaine.

A l’instar de nombreuses autres politiques publiques, l’Etat de Genève brille par son absence en matière d’urgence sociale. Les coupes budgétaires dans le budget 2020 de l’Etat vis-à-vis des postes supplémentaires requis par l’urgence sociale sont une parfaite illustration du manque de responsabilisation du canton par rapport aux charges des communes. Le sans-abrisme n’en est qu’un exemple; la petite enfance (les crèches et leur financement), les services du feu, la rénovation de bâtiments, la sécurité (polices municipales et cantonales) ou encore la culture (le Grand Théâtre et d’autres institutions) en sont d’autres. Autant de domaines où la répartition des tâches et des financements sont injustement établies et où l’Etat se dégage de sa responsabilité sans vouloir en assumer les conséquences.

Comprenons bien le lien qui existe entre cette cartographie de la précarité dans le canton et la désertion par l’Etat de ces territoires. Sur les 55 quartiers alarmants identifiés par le CATI-GE, 29 se trouvent en Ville de Genève. Cette dernière se trouve être également la première victime du réchauffement climatique dans le canton, cumulant l’ensemble des nuisances et de la pollution (CO2, particules fines, fortes chaleurs, bruit et végétalisation réduite). En liant pollution et poches de pauvreté, vous comprendrez facilement que les plus précaires de notre canton sont également les premières victimes du changement climatique. La justice climatique ne peut passer que par la justice sociale et ce n’est pas nouveau. C’est ainsi que nos «pairs» de l’écologie ont dessiné les contours de ce courant politique soutenu massivement par la population dernièrement.

Pour répondre à l’urgence climatique, il nous faut un «new green and social deal» entre l’Etat et les communes. Investir massivement autant pour réduire nos émissions de CO2 que pour réduire la pauvreté, en ciblant en priorité les poches de précarité du canton, voilà la solution! Et commençons par organiser des «Etats généraux de l’urgence sociale à Genève»!

Notes   [ + ]

1. Cf. Tribune de Genève du 16 janvier 2020. Le rapport CATI-GE peut être téléchargé sous bit.ly/2RSqHb1.

Notre invité est juriste/internationaliste, conseiller municipal et candidat Vert-e-s aux élections municipales 2020 en Ville de Genève.

Opinions Agora Omar Azzabi Genève

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