Édito

Démocratie malmenée

Démocratie malmenée
Le Président sortant, Evo Morales, s'est déclaré gagnant du premier tour des élections présidentielles ce jeudi. KEYSTONE
Bolivie

«Tout ce qui pouvait être mal fait l’a été.» La remarque d’une internaute bolivienne dépitée résume le pataques électoral que vient de vivre son pays. Quatre jours après la clôture du scrutin présidentiel, la Bolivie ne savait toujours pas, jeudi, si son président sortant, Evo Morales, était réélu dès le premier tour ou s’il était mis en ballotage par son concurrent de droite, Carlos Mesa. Le verdict favorable au sortant est désormais connu. Mais personne ne sait encore où cette affaire désastreuse va conduire un pays dont tout le monde, jusqu’au week-end dernier, vantait la stabilité et les progrès.

Les atermoiements du Tribunal suprême électoral (TSE), incapable de s’expliquer clairement sur l’interruption puis la reprise du décompte rapide, ni sur la lenteur du dépouillement officiel, font planer un doute sur la validité du scrutin que l’opposition et ses alliés internationaux ont rapidement traduit en accusations de fraude.

Si le TSE a fauté, les acteurs politiques ne se sont pas davantage montrés à la hauteur des enjeux. Entre un président qui appelle au calme mais crie victoire avant la fin du dépouillement et une opposition qui met le feu au pays puis exige un second tour, histoire de calmer les esprits, la palme de l’irresponsabilité est âprement disputée.

Amateurisme et arrogance

Avec un troisième larron potentiel: l’Organisation des Etats américains (OEA), dont une mission devait garantir la fiabilité du scrutin et qui a rapidement abondé dans le sens de l’opposition sans avancer la moindre preuve. De quoi jeter une huile brûlante sur le feu et renforcer les soupçons de partialité de l’arbitre panaméricain. Une institution qu’on avait connu plus «prudente» devant les pantalonnades électorales du Honduras ou du Mexique.

Tout cela est d’autant plus regrettable que le système électoral bolivien paraît robuste. Chaque dépouillement local se faisant en présence des partis (tous reçoivent une copie de l’acte), une vérification du décompte officiel devrait être aisée pour l’opposition et l’OEA. Pour autant qu’elles le désirent!

Après avoir tordu la constitution pour pouvoir briguer un quatrième mandat, Evo Morales et le Mouvement vers le socialisme ont fait preuve, devant les urnes, d’autant d’amateurisme que d’arrogance. Cela n’en fait pas des fraudeurs mais n’augure rien de bon pour l’avenir.

Opinions Édito Benito Perez Bolivie

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