Vaud

«Ce sommet pour le climat fera parler d’une voix»

Tandis que «Smile for future» démarre lundi à Lausanne, trois militants du collectif lausannois de la grève du climat plaident pour l’urgence d’un consensus européen.
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«Ce sommet fera parler d’une voix»
Le sommet européen «Smile for future» est aussi l'occasion de rassembler tous les jeunes qui se sont mobilisés à travers les réseaux sociaux ces derniers mois. KEYSTONE
Climat

Le sommet européen «Smile for future» des grèves du climat débute ce lundi à Lausanne. Près de 450 jeunes venus de 37 pays se réunissent cette semaine dans la capitale vaudoise pour implorer d’une même voix les dirigeants européens d’en faire davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le Courrier a rencontré trois militants du collectif vaudois de la grève. Entretien avec Kelmy Martinez (21 ans), Elias Jordan (23 ans) et Lou De Bruycker (18 ans).

Pourquoi organiser ce sommet?

Kelmy Martinez: Le mouvement FridaysforFuture (les vendredis de la grève du climat) a décidé d’organiser ce sommet pour réunir le maximum de participants des grèves du climat. Le but est de rassembler un panel large et représentatif qui puisse décider ensemble de l’avenir du mouvement.

Que va-t-il se passer durant cette semaine?

Lou De Bruycker: Nous allons affiner les buts stratégiques et opérationnels du mouvement, en travaillant sur trois documents portant sur nos valeurs, nos buts et nos demandes. L’objectif est d’atteindre un consensus européen sur les principes cardinaux qui guideront la suite.

KM: Cette rencontre va renforcer les liens entre les grévistes de toute l’Europe. C’est l’occasion de rassembler tous ces jeunes qui se sont mobilisés à travers les réseaux sociaux ces six à huit derniers mois. C’est aussi l’occasion de remettre un coup d’accélérateur à la lutte que nous menons.

La grève du climat a trois revendications en Suisse: déclarer l’état d’urgence, atteindre un bilan carbone neutre d’ici 2030 et garantir la justice climatique. Est-ce que ces discussions vont en amener de nouvelles?

KM: Oui et non. Ce sommet est un processus décisionnel européen qui va nous permettre d’accorder nos violons et parler d’une seule et même voix à la Commission européenne. Le climat est un enjeu global, mais il y a des problématiques propres à chaque pays, ce qui fait que nous n’avons pas tous les mêmes revendications. Les Allemands, par exemple, sont plus axés sur la sortie du charbon. En Suisse, la grève du climat n’a cessé de dénoncer l’impact de la place financière sur le gouvernement. C’est très spécifique à notre nation et aux entreprises qui y sont implantées. Nous devons prendre en compte ces particularités nationales pour pouvoir formuler des demandes à l’échelle européenne.

Elias Jordan: Le mouvement FridaysforFuture est très bien organisé au sein de chaque nation, mais n’a pas encore de structure européenne. Ce sommet va nous permettre de la créer. Jusqu’à ce jour, la seule véritable demande faite à l’Europe se résumait à inviter les politiciens à faire quelque chose…

LDB: Nous avons récemment lancé une initiative citoyenne européenne, à travers laquelle nous demandons à la Commission européenne d’affermir son action sur l’urgence climatique, de s’engager pour des mesures plus ambitieuses et de débloquer plus d’argent pour cette lutte.

Pourquoi Lausanne? La ville a-t-elle une place particulière pour le mouvement?

KM: Le collectif vaudois de la grève s’est porté candidat pour l’organisation du sommet tout comme les équipes de Bâle, de Grenoble et d’Anklam en Allemagne. Nous l’avons emporté. Notre but n’est pas de glorifier Lausanne pour son action climatique, mais de proposer un sommet positionné au centre de l’Europe et dans une ville qui a fait ses preuves en termes de mobilisation.

EJ: Le lieu n’a pas vraiment d’importance. Notre but est surtout de réunir – physiquement – toutes les personnes qui se sont mobilisées et organisées à travers les réseaux sociaux pour faire ces grèves. Les faire se rencontrer, créer des liens et converger vers une même direction.

Vous allez clôturer la semaine avec une mobilisation. A quoi vous attendez-vous pour cette nouvelle manifestation?

KM: Je ne peux pas me prononcer sur le nombre. Nous sommes en plein été. Les Suisses ne sont pas forcément chez eux en août. Mais il est certain qu’il s’agit là de la manifestation la plus symbolique que le collectif vaudois ait jamais organisée à ce jour. Nous invitons toute la Suisse à rejoindre le mouvement à Lausanne ce vendredi. Nous aurons la chance d’avoir des jeunes de toute l’Europe à nos côtés.

Quid du plan climat vaudois?

Ces derniers mois, des milliers d’étudiants vaudois ont séché les cours pour manifester contre le réchauffement climatique à Lausanne. En réaction, le Conseil d’Etat a proposé d’intégrer une délégation de ces jeunes aux discussions sur l’élaboration du plan climat cantonal. Le point sur la situation.

Comment se déroulent ces discussions autour du plan climat cantonal?
Kelmy Martinez: Concrètement, ça piétine. Nous avons participé à quatre rencontres. Les conseillères d’Etat passent la moitié des rendez-vous à nous expliquer pourquoi le monde politique est si compliqué, pourquoi il faut aller parler aux différents milieux et qu’elles ne peuvent pas seulement nous parler à nous. C’est une forme de p(m)aternalisme. Il n’y a pas une réelle prise de conscience du caractère urgent de la situation. Nous apprécions le fait d’être écoutés et conviés aux discussions, et la bienveillance du Département de la formation. Mais nous ne pouvons cacher notre déception. Si nous continuons sur cette voie, nous n’atteindrons jamais les objectifs fixés.

Quel est votre rôle dans ces ateliers destinés à élaborer ce plan climat?
KM: Nous avons été invités aux ateliers où toutes les propositions ont été récupérées. C’est marrant (rires) parce que ce sont les militants de la grève du climat qui sont arrivés les mieux préparés. Nous avons convoqué au préalable des assemblées plénières et mis sur pied un formulaire sur internet qui demandait l’avis des Vaudois. Nous sommes arrivés avec 500 mesures. Mais, à ce jour, nous n’avons toujours aucune information sur celles qui vont être retenues ou non. Notre crainte est de voir le plan climat prendre la même direction que la loi CO2 votée au parlement en décembre. Nous avons peur de nous retrouver avec un plan sans substance qui ne remettra pas vraiment en question le système économique dans son ensemble. PROPOS RECUEILLIS PAR SKN

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